deep listening

Jonas Braasch - Sonic Territories (Deep Listening, 2011)

Sur un DVD d'environ une heure et vingt minutes, Jonas Braasch propose douze improvisations et compositions pour saxophone soprano et field-recordings. Pourquoi ce support vidéo? D'une parce que chaque pièce est interprétée en fonction de l'environnement et de l'espace dans lesquels elle a lieu, ce pourquoi Braasch a souhaité les faire apparaître clairement, et de plus chaque pièce peut être diffusée en 5.1. Aussi importante que la structure et l'interprétation des pièces est le choix du lieu dans lequel elle est jouée, car Braasch a composé/joué ses pièces en fonction d'espaces acoustiques particuliers, et leur propriété acoustique ainsi que l'environnement sonore qui leur sont propres font partie intégrante de chaque pièce. Ainsi Braasch se retrouve à jouer au milieu d'une forêt, dans un entrepôt désaffecté à la réverbération surnaturelle, dans sa voiture, dans son bureau, dans une forêt, sur une plaine enneigée, au milieu d'un pont, dans un métro, etc. Il ne s'agit pas forcément de trouver le lieu à la plus forte réverbération, comme pourrait le faire Lethe, mais d'explorer les particularités acoustiques de chaque espace. Musicalement, Braasch explore souvent le souffle continu, les growls et la superposition voix/saxophone en général, dans de longues phrases pleines de multiphoniques. Des bribes mélodiques apparaissent parfois, mélodies à tendances klezmer par exemple, ou mélodies tristes et magiques (réverbérées pendant une dizaine de secondes) comme sur 'Ongoing Impressions'. Cette dernière est certainement une des plus réussies, avec ses langoureuses mélodies jouées dans un entrepôt conseillé à Braasch pour sa réverbération inouïe, par Pauline Oliveros et deux autres amis. Sinon, je n'ai rien trouvé d'exceptionnel dans ce jeu de saxophone, qui peut ressembler parfois à Evan Parker pour les nappes multiphoniques. Un jeu très propre, très maîtrisé, aux attaques extrêmement claires, en fait souvent trop propres et clair, un jeu qui peut paraître assez impersonnel et tout droit sorti d'un conservatoire. L'autre aspect très formel de ce DVD est sans aucun doute la vidéo, vidéos très typés années 80, dans un format numérique standard, sans aucun souci de lumières, de cadrages, si ce n'est quelques clichés, et bourrés d'effets ringards. Un DVD à écouter sans regarder. Mais ces Sonic Territories valent tout de même le coup à mon avis pour l'exploration de ces espaces surprenants et inhabituels que nous propose Braasch. Sans compter que l'enregistrement sonore est par contre de très bonne qualité.

Informations: http://www.deeplistening.org/site/content/sonic-territories-jonas-braasch

Johannes Welsch - Sound Creation (Deep Listening, 2012)

Le fondeur suisse Paiste est connu pour sa production de cymbales, largement répandues dans les milieux du rock et du métal. Moins répandues, les Paiste Sound Creation Series consistent en quatre groupes de gongs, nommés d'après les quatre éléments: le feu, l'eau, la terre et l'air. Trois ou quatre gongs par éléments, de différentes tailles, c'est ce qu'a choisi d'explorer Johannes Welsch, dans cette série de sept improvisations pour gongs.

Hormis deux pistes nommées "Symphony", Welsch a nommé chaque piste en fonction des éléments et des gongs choisis. Le jeu se trouve donc modifié par les propriétés sonores des modèles choisis, ainsi que par ce que peut évoquer chaque élément. Sur "Water", par exemple, Welsch utilise des gongs larges au spectre impressionnant, et il se concentre plus sur la résonance que sur l'attaque et la percussion, et la musique se trouve aérée, lisse, et liquide. A d'autres moments, les gongs peuvent être martelés rapidement, avec insistance, répétition et violence, jusqu'à ce que les attaques se mélangent aux résonances. Les improvisations sont riches, denses, et explorent méticuleusement toutes les sonorités que peuvent offrir chaque type de gong. Welsch s'attache avec rigueur et précision à dévoiler chaque harmonique, ainsi que le déploiement du son après l'attaque, tout comme l'interaction entre la note fondamentale et ses harmoniques, mais également entre les différents types de gongs, jusqu'à la "Symphony" qui utilise des gongs microphoniques (inspirés de la pièce Mikrophonie I pour tam-tam, filtres et microphones de Stockhausen). En bref, une suite intéressante d'improvisations envoutantes, pour un voyage sonore métallique et hautement spectral, méditatif et absorbant. 

Informations: http://www.deeplistening.org/site/content/sound-creation-johannes-welsch

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