David Papapostolou - contrastes (dispositifs d'écoute; c'est moi qui souligne)

DAVID PAPAPOSTOLOU - contrastes (dispositifs d'écoute; c'est moi qui souligne) (winds measure, 2013)
David Papapostolou est un jeune compositeur et saxophoniste basé sur Londres, autre terroir de la musique expérimentale. C'est la première fois avec contrastes que j'entends le travail de cet artiste, et je suis plutôt réjoui par cette découverte à vrai dire. Sur ces trois pièces de 13"49' chacune, il n'y a ni saxophone ni instrument, mais juste une prise de son, des sinusoïdes, et du silence.

En fait, sur chaque pièce, c'est la même prise de son que nous entendons, un field-recording qui semble provenir du fond d'un silo où l'on entend seulement la répercussion de l'air sur les parois, quelques bruits métalliques et industriels, ainsi que l'émergence parfois de sons naturels (corneille) ou citadins (sirènes). Bien sûr, ces pièces mettent en avant des contrastes comme leur titre l'indique, les contrastes entre le bruit, les sons et le silence, mais c'est avant tout un excellent "dispositif d'écoute" (sous-titre de ces pièces) qui permet et génère la perception de ces contrastes.

L'expression "sculpture sonore" paraît être la plus appropriée pour qualifier ce dispositif. Car sur ces pièces David Papapostolou taille littéralement des blocs de sons, de bruits et de silence. Si la prise de son initiale est monotone, grise et linéaire, l'insertion des silences et l'ajout de sinusoïdes produisent des contrastes inattendus, des reliefs insoupçonnés, qui modifient sensiblement notre perception du field-recording ( de ses couleurs et de sa durée). Le silence et les sinusoïdes sont purs, bruts, numériques, et contrastent fortement avec l'aspect organique du field-recording. Mais ce dernier est linéaire, et n'a pas de durée, ce qui contraste également avec la durée définie des silences et des sinusoïdes. Ces derniers sont comme le geste qui sculpte, grave, peint, incise, fait des saillies et des reliefs, dans la prise de son. Tandis que l'outil n'est rien d'autre que la durée des gestes, car c'est le temps qui fait percevoir chacune de ces actions comme un voile ou une loupe, comme une gravure ou un relief. La durée de chaque élément (silence, sinusoïde) modifie la perception du field-recording initial, et du temps lui-même, c'est tout le dispositif qui modifie la perception et dépeint autant d'ombres, de couleurs, de saillies et de reliefs nouveaux à chaque écoute.

Trois pièces qui sont comme trois sculptures d'un même matériau, trois installations qui apportent chacune leurs couleurs respectives. Le dispositif et la méthode de composition sont sensibles (littéralement sensibles, au sens où ils agissent directement sur la perception, la modifie et la sculpte), et intelligents. Excellent travail sur le son et le silence où chacun acquiert une signification et un statut nouveaux, où chacun est dans une vraie situation de complémentarité et d'égalité. Recommandé.

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