Okkyung Lee - Ghil [LP]

OKKYUNG LEE - Ghil (Ideologic Organ, 2013)
Voilà plusieurs années que je ne m'intéressais plus trop à cette jeune violoncelliste américaine d'origine coréenne. Mais je dois dire que la parution de ce vinyle ainsi que celle de son récent duo avec John Edwards - White Cable/Black Wires - m'ont plutôt donné envie de me remettre à écouter Okkyung Lee plus attentivement.

Avant de parler du disque à proprement parler, je vais commencer par les conditions d'enregistrement et de production, conditions particulières qui ont très certainement orientées fortement l'esthétique de ces neuf pièces. Car Ghil a été produit et enregistré par Lasse Marhaug, une figure très importante de la musique électronique et de la noise norvégienne depuis la formation de Jazkamer. A différents endroits, que ce soit en studio ou en plein air, ce dernier a enregistré les improvisations d'Okkyung Lee avec un vieux magnétophone portable, procurant à cette dernière un son extrêmement brut, un peu crade - ou granuleux disons pour être plus poli -, et fort; des sonorités assez noise en somme. Prise de son "expressionniste" telle que la qualifie le producteur.

Donc, comme on peut s'y attendre, Okkyung Lee s'approche plus volontiers des musiques électroniques, et plus particulièrement de la noise, sur ce solo. Ghil est une suite énergique, souvent intense, où les cordes peuvent être mises à mal (raclées, grattées plus que frottées), les cordes ainsi que tout l'instrument qui devient source de bruit plus que de notes. Et cela sans compter les quelques effets d'amplification, de distorsion et de saturation utilisés sur différentes boucles qui rapprochent encore plus la violoncelliste de l'électronique. Ceci-dit, le violoncelle est souvent reconnaissable en tant que tel, il ne s'agit pas d'une grande exploration sonore, mais plutôt d'une musique qui se complaît dans la puissance, les sonorités dures et brutes, parfois métalliques, comme on peut en retrouver dans certains types de recherches proches de la noise ou de l'indus.

A plusieurs reprises, Okkyung Lee explore aussi les registres extrêmes du violoncelle, notamment les graves, et propose des semblants de drone malheureusement bien trop courts. Car c'est peut-être à ces moments que le violoncelle est le plus impressionnant, le plus riche et le plus prenant, grâce à toute la chaleur et la rondeur du bois qui résonne. Mais Ghil ne manque pas de sonorités riches et extrêmes, du fait des nombreuses techniques étendues et des effets d'amplification, ainsi que de la prise de son. Des sonorités radicales, granuleuses, métalliques, qui se réverbèrent de manière singulière, avec toujours la même énergie, entre la rage et la joie.

Très bon boulot qui ravira certainement les amateurs de noise et de musiques improvisées maximalistes.
[informations & présentation: http://editionsmego.com/release/SOMA012]

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