Rodrigo Amado's Motion Trio + Jeb Bishop - The Flame Alphabet

Rodrigo Amado's Motion Trio + Jeb Bishop - The Flame Alphabet (NotTwo, 2013)
Si je n'écoute plus beaucoup de free jazz à proprement parler, je dois quand même dire que le saxophoniste portugais Rodrigo Amado est un des derniers à encore retirer mon attention. Pour son énergie inépuisable d'un côté, et sa créativité ancrée dans la tradition du free noir-américain de l'autre. Avec The Flame Alphabet, Rodrigo Amado revient avec son invité préféré, le tromboniste chicagoan Jeb Bishop,  et son excellent trio composé d'une section rythmique singulière et puissante: Miguel Mira au violoncelle et Gabriel Ferrandini à la batterie.

Rodrigo Amado est un saxophoniste très énergique certes, mais qui sait aussi éviter les registres hurlants propres au free jazz, il ne s'agit pas d'un cri à proprement parler, mais d'une énergie pure, d'une vitalité inépuisable, une vitalité lyrique, Rodrigo Amado fait plus dans le chant que dans le cri si on doit rester dans le registre vocal, un chant puissant et organique, intense et vital. En Jeb Bishop, l'homme qui chantait plus vite que son cuivre, il trouve donc un excellent compagnon, car le tromboniste américain fait toujours preuve d'une virtuosité et d'une vitesse surprenantes, les deux solistes possèdent la même force et la même énergie inépuisables, tout en sachant chacun faire preuve d'humour et de joie à travers des phrasés décalés et sautillants par moments.

Mais cette énergie omniprésente durant ces improvisations, on l'a doit tout autant à la section rythmique. Aux ruptures et aux breaks rythmiques de Ferrandini ainsi qu'aux attaques fortes de Mira. Une section en parfaite osmose qui interagit très bien avec les deux solistes, une section qui produit sa propre voix autonome tout en soutenant celles des solistes. Bien sûr, les vents et la rythmique se rencontrent aussi par moments, pour des improvisations collectives incroyables où tout le monde se rejoint dans une énergie parfaitement domptée. Comme par d'autres moments, le quartet peut calmer le jeu pour quitter le territoire free et aborder des territoires plus calmes et contemplatifs, des territoires où le son est abordé de manière sensible et souvent lyrique, où les quatre musiciens se départissent de l'influence jazz pour aborder le son de manière plus pure.

En bref, il s'agit là d'improvisations free jazz très énergiques comme on en a déjà pas mal entendues. Des improvisations virtuoses, puissantes et collectives. Mais au-delà de l'instrumentation singulière et originale (saxophone/trombone/violoncelle/batterie) qui permet de renouveler les timbres, c'est également l'approche plus lyrique et chantante, plus dansante et décalée, de ce quartet, qui renouvelle un peu le free. Car la musique du quartet de Rodrigo Amado, si elle se caractérise avant tout par cette énergie atterrante, c'est aussi une musique qui sait faire preuve d'une certaine originalité tout en se maintenant dans les canons esthétiques du free.

Une musique puissante, hautement interactive et énergique, belle et lyrique, mais aussi rafraîchissante. Excellent travail.

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