dieb13 - trick17 (LP)

DIEB13 - trick17 (Corvo, 2013)
J'imagine que la plupart des lecteurs de ce blog connaissent déjà dieb13, platiniste viennois renommé du noise et de la musique improvisée. S'il détourne souvent des lecteurs casettes, des disques durs et lecteurs CD, c'est surtout pour son utilisation et ses manipulations du support vinyle qu'on le connaît. Mais sur ce dernier solo intitulé trick17, il ne s'agit pas (que) de collages et de découpages suractifs et virtuoses à la erikM, dieb13 propose une oeuvre en deux parties très construites et loin d'être spontanées, qui s'intéresse également à la programmation, au design, et aux structures.

La première face, la face "audible" du disque, est une longue pièce d'une vingtaine de minutes structurée comme une pièce romantique. En plus de platines, utilisées en lecture normale ou modifiée, dieb13 joue également avec un dispositif électronique pour cet enregistrement. L'aspect romantique, on ne le trouve ni dans l'instrumentation ni dans l'écriture harmonique évidemment, mais plutôt dans le jeu sur les rapports de densité (qui était extrêmement important chez quelqu'un comme Wagner par exemple). Toute la pièce est construite à partir de progressions et de régressions massives, il s'agit d'un bloc de son continu et compact, qui progresse de manière ténue et sensible, et qui ne cesse de s'éclaircir, de devenir opaque, brumeux, et de s'alléger à nouveau. Une foule de détails parfois microscopiques compose ce nuage sonore évolutif, dieb13 change constamment de sonorités, de sources et de densité sonore, tout en conservant la même intensité et la même attention au son durant cette face. Pas mal en somme, un travail riche, réfléchi, propre et maîtrisé, mais qui comme les compositions du 19e, me laisse souvent l'impression d'être perdu dans un nuage informe...

La seconde face, "visible" cette fois, du disque, m'a bien plus convaincu. Une face visible car le son apparaît sur le design du disque : les sillons forment une spirale dessinée et programmée par dieb13. Le concept n'est pas très aguichant, peut paraître simpliste même, mais le résultat est vraiment bon. Un bloc de son, mur de bruit blanc (ou rose comme le vinyle) qui oscille progressivement, est découpé très nettement de manière mécanique et hyper régulière à un tempo moyen. Une seconde de bruit, une seconde de silence, et ainsi de suite durant une vingtaine de minutes toujours. Une pièce vraiment simpliste donc, mais cette simplicité la rend d'autant plus efficace. C'est brut, sauvage, obsédant, obsessionnel même, et puissant. Effets psychoacoustiques garantis avec la force du beat dessiné par les sillons, la puissance d'un mur de son harshnoise, l'intensité des modulations de fréquences technoïdes. A l'inverse de la première face qui se basait sur une continuité temporelle, "visible" joue la discontinuité mécanique et obsessionnelle, sur la hachure constante et pulsée d'un mur de son qui conserve toute sa puissance sans qu'on ne se lasse jamais.

Recommandé au moins pour cette seconde face sauvage et psychotique.

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