bandcamp
Cassettes lo-fi, électroacoustique, field-recordings et journal sonore. Premier album de Guido Gamboa.
penultimate press
bandcamp
Cassette sans fin d'une composition de Sarah Hennies pour le guitariste Cristian Alvear. Minimaliste et répétitif.
bandcamp
Un LP de harsh noise brutal et organique, psychoacoustique et chaotique, par Mei Zhiyong.
aussenraum
bandcamp
still*sleep
soundcloud
Ryoko Akama : composition, électronique / Ko Ishikawa : sho / Bruno Duplant : contrebasse, électronique
meenna
MMMD - Pèkisyon Funebri
MMMD, c'est le nouveau nom du fameux trio Mohammad. Car vous l'aurez peut-être déjà vu ou entendu, mais depuis plusieurs mois, le trio n'est composé plus que de Nikos Veliotis et d'Ilios, d'où le discret changement de nom... Ceci-dit, le départ du contrebassiste Coti K et le changement de nom n'ont pas tellement affecté la musique de Mohammad, on reconnait toujours les mélodies post-doom, l'ambiance lourde et sombre caractéristique de cette formation grecque, il manque seulement quelques basses dorénavant.
MMMD revient un peu aux bases avec Pèkisyon Funebri. Un retour à une sorte de musique de chambre ambiance dark doom, agrémenté cette fois de voix fantomatiques. Lenteur, langueur, et obscurité. Mais il y a quelque chose de plus lumineux, dans les attaques franches du violoncelle, dans les mélodies sinusoïdales proches de lignes de Thérémine. Plus lumineux et plus naïf, certes, mais toujours sombre. MMMD explore toujours des mélodies graves et lentes, des mélodies répétitives et continues qui feraient la parfaite BO d'austères films nihilistes à la Béla Tarr (une affiliation que le duo ne semble pas renier).
Car MMMD semble être le point de jonction entre Béla Tarr et Sunn O))). Un orchestre de chambre qui n'en est plus vraiment un explore la lenteur et les basses, de manière mélodique, mais le genre de mélodie sans fin et sans espoir, le genre de mélodie poignante qui plonge dans le désespoir et l'angoisse. Les frottements de fréquences extrêmes aux limites de l'audible sont moins présents, et c'est surtout l'aspect majestueux et orchestral de Mohammad qui est mis en avant sur ces huit pièces.
Un orchestre ténébreux et nihiliste, l'orchestre de deux survivants qui n'ont pas fini de chanter la fin de la lumière, la fin de la musique, et la renaissance d'une masse sonore vibrante et poignante, solennelle et parfois kitsch, monolithique et médiévale.
MMMD - Pèkisyon Funebri (Antifrost, coffret vinyle 3x25 cm, 2016) : http://www.antifrost.gr/afro20713.html
MMMD revient un peu aux bases avec Pèkisyon Funebri. Un retour à une sorte de musique de chambre ambiance dark doom, agrémenté cette fois de voix fantomatiques. Lenteur, langueur, et obscurité. Mais il y a quelque chose de plus lumineux, dans les attaques franches du violoncelle, dans les mélodies sinusoïdales proches de lignes de Thérémine. Plus lumineux et plus naïf, certes, mais toujours sombre. MMMD explore toujours des mélodies graves et lentes, des mélodies répétitives et continues qui feraient la parfaite BO d'austères films nihilistes à la Béla Tarr (une affiliation que le duo ne semble pas renier).
Car MMMD semble être le point de jonction entre Béla Tarr et Sunn O))). Un orchestre de chambre qui n'en est plus vraiment un explore la lenteur et les basses, de manière mélodique, mais le genre de mélodie sans fin et sans espoir, le genre de mélodie poignante qui plonge dans le désespoir et l'angoisse. Les frottements de fréquences extrêmes aux limites de l'audible sont moins présents, et c'est surtout l'aspect majestueux et orchestral de Mohammad qui est mis en avant sur ces huit pièces.
Un orchestre ténébreux et nihiliste, l'orchestre de deux survivants qui n'ont pas fini de chanter la fin de la lumière, la fin de la musique, et la renaissance d'une masse sonore vibrante et poignante, solennelle et parfois kitsch, monolithique et médiévale.
MMMD - Pèkisyon Funebri (Antifrost, coffret vinyle 3x25 cm, 2016) : http://www.antifrost.gr/afro20713.html
Beat Keller, Tom Johnson, Joseph Kudirka - string trios
Beat Keller, Tom Johnson et Joseph Kudirka, trois compositeurs de deux générations différentes et de deux continents sont réunis autour d'un thème commun : des partitions pour trio à cordes, réalisées ici par le Haiku String Trio, soit Julia Schwob au violon, David Schnee à l'alto, et Nicola Romano au violoncelle.
L'ensemble des pièces présentées ici est teinté de minimalisme, de réduction des moyens, de répétitions et de pauses, mais pas uniquement. Toutes ces pièces sont aussi teintées d'une sorte de romantisme post-moderne. Les mélodies sont lourdes, graves, lentes et sombres, comme dans un film de Bela Tarr. Le Haiku String Trio a choisi un ensemble de compositions qui jouent avec des thèmes sans développement ou des mélodies dissonantes. Mais il ya toujours une recherche sur la musicalité, la tonalité ou l'harmonie. Il ne s'agit pas uniquement, loin de là, de répétitions ou de silences, tout se fait plutôt dans la douceur, dans le calme et la continuité. L'aspect romantique tient aux couleurs portées par ces compositions : elles peignent souvent des tableaux chargés et sombres, menaçants et émotifs.
Elèves de Pisaro ou de Morton Feldman entre autres, ces trois compositeurs seront facilement qualifiés de minimaliste. Bien sûr, il y a une recherche de nouvelles formes simples et claires, une réduction et une simplification de la structure ou de l'harmonie qui sont fortement présentes. Mais ce n'est pas forcément le plus important, même si ces choix contribuent au fort sentiment d'originalité et d'assister à quelque chose d'unique lors de l'écoute de ce disque. Pourtant, le plus marquant dans ce disque reste pour moi la beauté simple de toutes ces phrases, une beauté qu'on retrouve dans la mélancolie du String Trio de Kudirka, la poésie langoureuse des extraits de Networks de Johnson, la puissance organique et écrasante des String Trios de Beat Keller. Toutes ces pièces se suivent et s'emmêlent parfaitement dans une poésie romantique où la nature et les émotions prennent le dessus, où le son devient l'expression pure de sentiments exacerbés, des sentiments qui nous inondent et nous bercent. Recommandé.
BEAT KELLER, TOM JOHNSON, JOSEPH KUDIRKA - string trios (CD, wandelweiser, 2016) : http://www.wandelweiser.de/_e-w-records/_ewr-catalogue/ewr1605.html
L'ensemble des pièces présentées ici est teinté de minimalisme, de réduction des moyens, de répétitions et de pauses, mais pas uniquement. Toutes ces pièces sont aussi teintées d'une sorte de romantisme post-moderne. Les mélodies sont lourdes, graves, lentes et sombres, comme dans un film de Bela Tarr. Le Haiku String Trio a choisi un ensemble de compositions qui jouent avec des thèmes sans développement ou des mélodies dissonantes. Mais il ya toujours une recherche sur la musicalité, la tonalité ou l'harmonie. Il ne s'agit pas uniquement, loin de là, de répétitions ou de silences, tout se fait plutôt dans la douceur, dans le calme et la continuité. L'aspect romantique tient aux couleurs portées par ces compositions : elles peignent souvent des tableaux chargés et sombres, menaçants et émotifs.
Elèves de Pisaro ou de Morton Feldman entre autres, ces trois compositeurs seront facilement qualifiés de minimaliste. Bien sûr, il y a une recherche de nouvelles formes simples et claires, une réduction et une simplification de la structure ou de l'harmonie qui sont fortement présentes. Mais ce n'est pas forcément le plus important, même si ces choix contribuent au fort sentiment d'originalité et d'assister à quelque chose d'unique lors de l'écoute de ce disque. Pourtant, le plus marquant dans ce disque reste pour moi la beauté simple de toutes ces phrases, une beauté qu'on retrouve dans la mélancolie du String Trio de Kudirka, la poésie langoureuse des extraits de Networks de Johnson, la puissance organique et écrasante des String Trios de Beat Keller. Toutes ces pièces se suivent et s'emmêlent parfaitement dans une poésie romantique où la nature et les émotions prennent le dessus, où le son devient l'expression pure de sentiments exacerbés, des sentiments qui nous inondent et nous bercent. Recommandé.
BEAT KELLER, TOM JOHNSON, JOSEPH KUDIRKA - string trios (CD, wandelweiser, 2016) : http://www.wandelweiser.de/_e-w-records/_ewr-catalogue/ewr1605.html
Essential Listenings #46
Trois compositions d'Eric La Casa commandées à l'occasion de différentes créations (filmiques et théâtrale). Avec la participation de Jean-Luc Guionnet.
herbal international
bandcamp
Installation électroacoustique pour 8 canaux de diffusion et deux trompettes, composée et réalisée par Nate Wooley en duo avec Peter Evans.
mnoad
youtube (extrait)
youtube (concert)
the earth and the sky, triple CD réunissant 11 compositions pour piano de Pisaro, réalisées par Reinier van Houdt.
erstwhile
Cassette épuisée de France Sauvage, parue en 2011 chez tanzprocesz.
free music archive
herbal international
bandcamp
Installation électroacoustique pour 8 canaux de diffusion et deux trompettes, composée et réalisée par Nate Wooley en duo avec Peter Evans.
mnoad
youtube (extrait)
youtube (concert)
the earth and the sky, triple CD réunissant 11 compositions pour piano de Pisaro, réalisées par Reinier van Houdt.
erstwhile
Cassette épuisée de France Sauvage, parue en 2011 chez tanzprocesz.
free music archive
Great Waitress - Hue
Great Waitress, voilà un excellent trio qu'on aimerait entendre plus, mais qui publie "seulement" un disque tous les deux ou trois ans, et qu'on voit rarement en programmation par ici. Pour les concerts, ça se comprend, Magda Mayas vit en Allemagne, tandis que Monika Brooks et Laura Altman résident en Australie, donc niveau logistique et défraiement, ce n'est pas simple. Mais quand même, je suis sûr qu'en cherchant bien, elles possèdent assez d'enregistrements pour mulitplier les disques, et on serait ravis d'en entendre plus. Ceci-dit, c'est peut-être cette rareté qui fait le charme de chacun de ces disques aussi, et c'est peut-être le choix de ce trio de ne pas être omniprésent, pour que chaque instant conserve sa magie.
Tout ça pour dire que l'arrivée de Hue, leur troisième disque (en LP cette fois), a été accueilli avec enthousiasme ici. La formule n'a pas vraiment changé depuis leur premier disque en 2011, mais le charme opère toujours. Un accordéon, une clarinette et un piano, quelques techniques étendues, des textures abstraites, de l'improvisation réductionniste. Ca ne donne pas forcément envie dit comme ça, parce qu'on en a entendu beaucoup, voire trop du réductionnisme, ces dernières années. Mais avec Great Waitress, il y a un quelque chose en plus.
Leur univers sonore est bien particulier, il a quelque chose d'absorbant, de magique, les sons nous enveloppent comme un drone réussi. Il y a des longues notes, des extrêmes, des frottements et tout ce qu'on peut trouver dans l'improvisation réductionniste de ces dernières années, avec en prime une sorte de mélodie abstraite qui relie chaque musicienne. Une mélodie holistique où chaque individualité a sa place et est nécessaire à la création sonore. Il ne s'agit pas de s'imiter les unes les autres, ni de se démarquer, mais de créer un univers sonore et musical ensemble, en accordant autant d'importance à chaque musicienne, quelque soit sa place, son instrument ou sa personnalité.
Et Great Waitress compose ainsi un monde sonore à la fois poétique et liquide, onirique et lisse, étrange et doux. Un univers qui nous attire puis nous englobe, qui stimule et rafraichit.
GREAT WAITRESS - Hue (Another Dark Age, LP, 2016) : http://anotherdarkage.bigcartel.com/product/great-waitress-hue-pre-order
Tout ça pour dire que l'arrivée de Hue, leur troisième disque (en LP cette fois), a été accueilli avec enthousiasme ici. La formule n'a pas vraiment changé depuis leur premier disque en 2011, mais le charme opère toujours. Un accordéon, une clarinette et un piano, quelques techniques étendues, des textures abstraites, de l'improvisation réductionniste. Ca ne donne pas forcément envie dit comme ça, parce qu'on en a entendu beaucoup, voire trop du réductionnisme, ces dernières années. Mais avec Great Waitress, il y a un quelque chose en plus.
Leur univers sonore est bien particulier, il a quelque chose d'absorbant, de magique, les sons nous enveloppent comme un drone réussi. Il y a des longues notes, des extrêmes, des frottements et tout ce qu'on peut trouver dans l'improvisation réductionniste de ces dernières années, avec en prime une sorte de mélodie abstraite qui relie chaque musicienne. Une mélodie holistique où chaque individualité a sa place et est nécessaire à la création sonore. Il ne s'agit pas de s'imiter les unes les autres, ni de se démarquer, mais de créer un univers sonore et musical ensemble, en accordant autant d'importance à chaque musicienne, quelque soit sa place, son instrument ou sa personnalité.
Et Great Waitress compose ainsi un monde sonore à la fois poétique et liquide, onirique et lisse, étrange et doux. Un univers qui nous attire puis nous englobe, qui stimule et rafraichit.
GREAT WAITRESS - Hue (Another Dark Age, LP, 2016) : http://anotherdarkage.bigcartel.com/product/great-waitress-hue-pre-order
Essential Listenings #45
Carlos Zingaro : violon
cipsela
bandcamp
José Miguel Pereira : contrebasse ; João Camões - alto, mey et percussions ; Burton Greene : piano et percussion ; Marcelo dos Reis : guitare et voix
cipsela
bandcamp
Daniel Levin : violoncelle ; Rob Brown : saxophone alto
cipsela
bandcamp
Angélica V. Salvi : harpe ; Marcelo dos Reis : guitare et voix
cipsela
bandcamp
Joe McPhee : saxophone alto
cipsela
bandcamp
Joëlle Léandre : contrebasse ; Théo Ceccaldi : violon
cipsela
bandcamp
Dernier solo de Marc Baron. Composition électroacoustique de 2014.
potlatch
soundcloud
Magda Mayas : piano ; Monika Brooks : accordéon ; Laura Altman : clarinette
another dark age
soundcloud
Jérémie Ternoy : Fender Rhodes ; Ivann Cruz : guitare ; Peter Orins : batterie ; Christian Pruvost : trompette ; Sakina Abdou : saxophones ; Jean-Baptiste Rubin : saxophones ; Maxime Morel : tuba, trombone
circum disc
youtube
cipsela
bandcamp
José Miguel Pereira : contrebasse ; João Camões - alto, mey et percussions ; Burton Greene : piano et percussion ; Marcelo dos Reis : guitare et voix
cipsela
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Daniel Levin : violoncelle ; Rob Brown : saxophone alto
cipsela
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Angélica V. Salvi : harpe ; Marcelo dos Reis : guitare et voix
cipsela
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Joe McPhee : saxophone alto
cipsela
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Joëlle Léandre : contrebasse ; Théo Ceccaldi : violon
cipsela
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Dernier solo de Marc Baron. Composition électroacoustique de 2014.
potlatch
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Magda Mayas : piano ; Monika Brooks : accordéon ; Laura Altman : clarinette
another dark age
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Jérémie Ternoy : Fender Rhodes ; Ivann Cruz : guitare ; Peter Orins : batterie ; Christian Pruvost : trompette ; Sakina Abdou : saxophones ; Jean-Baptiste Rubin : saxophones ; Maxime Morel : tuba, trombone
circum disc
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Essential Listenings #44
Deux pièces de notes soutenues juxtaposées, un drone pour cithare et l'autre pour orgue, par Tasos Stamou.
moving furniture
bandcamp
Réalisation radicale de trois pièces de Manfred Werder par Erik Carlson, Stephanie Richards, et Edward Davis. Triple CD avec beaucoup, beaucoup de silences.
wandelweiser
Enregistrements de terrain de Martin Kay sur un stade de cricket à Melbourne. Pas de transformations, enregistrements bruts et atypiques comme sur son précédent disque enregistré dans des cours d'immeubles parisiens.
avant whatever
soundcloud
Grand ensemble d'improvisation électroacoustique par une nouvelle génération de musiciens mexicains. Field-recordings, instruments, silences, drone, sinusoïdes, objets et larsens répartis pour quatorze improvisateurs.
caduc
youtube
bandcamp
youtube
Nouveau solo de Thomas Tilly issu d'une installation de 2007. Plus d'électricité, moins d'insectes.
drone sweet drone
bandcamp
moving furniture
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Réalisation radicale de trois pièces de Manfred Werder par Erik Carlson, Stephanie Richards, et Edward Davis. Triple CD avec beaucoup, beaucoup de silences.
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Enregistrements de terrain de Martin Kay sur un stade de cricket à Melbourne. Pas de transformations, enregistrements bruts et atypiques comme sur son précédent disque enregistré dans des cours d'immeubles parisiens.
avant whatever
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Grand ensemble d'improvisation électroacoustique par une nouvelle génération de musiciens mexicains. Field-recordings, instruments, silences, drone, sinusoïdes, objets et larsens répartis pour quatorze improvisateurs.
caduc
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Nouveau solo de Thomas Tilly issu d'une installation de 2007. Plus d'électricité, moins d'insectes.
drone sweet drone
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Valerio Tricoli - Clonic Earth
Si à partir de sa collaboration avec Thomas Ankersmit en 2011, le nombre de publications de Valerio Tricoli a considérablement augmenté, il n'est tout de même pas de ceux qui sortent des disques trois fois par an (hormis cette année peut-être...). Mais, après deux publications sur Pan (en solo et avec Ankersmit), ce musicien a fini par se faire largement remarquer et est considéré comme une des grandes figures de la musique électroacoustique italienne, et européenne. Clonic Earth, son nouveau solo, ne passera certainement pas inaperçu maintenant.
Et tant mieux, car franchement, Valerio Tricoli fait partie de ces artistes que l'on doit avoir écouté. Il n'est pas question d'aimer ou non, mais je pense que ça vaut le coup de s'arrêter sur son travail, de prendre le temps de s'y plonger au moins une fois dans sa vie, car il fait partie de ceux qui renouvellent la musique électroacoustique. Et je pense spécialement à ceux qui pourraient imaginer la musique électroacoustique comme un montage hystérique de bruits de train entrecoupés de ressacs avec des interludes de bandes accélérés.
Clonic Earth n'a rien à voir avec tout ça. Même si Tricoli utilise des bandes à l'occasion, qu'il les triture aussi parfois, il ne se fait pas le porte parole du monde sonore. Il est uniquement le porte parole de sa propre imagination, le porte parole de son monde sonore. La parole a toute son importance dans ce disque d'ailleurs. Le monde de Tricoli est un monde où la parole est omniprésente. De nombreuses voix parcourent chaque pièce pour raconter ce monde, pas tellement avec des mots, mais seulement avec des intentions, des intonations. Les voix de Clonic Earth sont des voix ralenties, des spectres de voix, des discours fantomatiques qui hantent cet univers ténébreux et chaotique. La parole donne l'impression de raconter quelque chose, d'être narrative, comme la forme de ces pièces, mais elle est surtout utilisée pour son aspect psychologique, pour donner du caractère à chaque pièce et la faire avancer vers un territoire psychologique nouveau, plus que pour prononcer une narration logique.
La psychologie a aussi son importance ici. Si la qualification de psychoacoustique n'était pas tant connotée, on l'accolerait facilement à Clonic Earth. Tricoli ne joue pas sur des volumes forts, ni sur des fréquences extrêmes, il ne s'agit pas de faire mal, non, mais de faire peur, d'immerger. Les sons de synthèses, les progressions lentes et les voix transformées nous invitent à une plongée dans un univers sombre, infernal et chaotique. Il y a quelque chose de sombre, mais pas non plus de cauchemardesque. Parce que Tricoli sait apporter la lumière nécessaire au bon moment. Il nous plonge dans un univers effrayant mais sait rassurer quand il faut pour ne pas plonger l'auditeur dans l'angoisse. Ce n'est plus vraiment un plongeon dans les flammes de l'enfer, mais plutôt un survol, ou une traversée, guidée avec bienfaisance et virtuosité.
Quant au travail sur le son lui-même, Tricoli fait juste preuve d'une originalité rare. Les textures, les grains et les structures utilisées ne renvoient à rien d'autre qu'à l'imagination de Tricoli. On est loin des cuts survoltés, des fréquences stridentes et des filtrages classiques. Tricoli construit un univers sonore unique fait de synthèses étranges et décalées, de voix fantomatiques, le tout dans une structure qui ne laisse rien présager. Il construit un univers qui paraît limpide mais qui cache toujours quelque chose. Il utilise des sons simples mais aux connotations complexes, ce qui permet de construire un univers clair et riche. Un univers étonnant, puissant, et riche.
VALERIO TRICOLI - Clonic Earth (2LP, Pan, 2016) : http://p-a-n.org/release/pan-71-valerio-tricoli-clonic-earth/
Et tant mieux, car franchement, Valerio Tricoli fait partie de ces artistes que l'on doit avoir écouté. Il n'est pas question d'aimer ou non, mais je pense que ça vaut le coup de s'arrêter sur son travail, de prendre le temps de s'y plonger au moins une fois dans sa vie, car il fait partie de ceux qui renouvellent la musique électroacoustique. Et je pense spécialement à ceux qui pourraient imaginer la musique électroacoustique comme un montage hystérique de bruits de train entrecoupés de ressacs avec des interludes de bandes accélérés.
Clonic Earth n'a rien à voir avec tout ça. Même si Tricoli utilise des bandes à l'occasion, qu'il les triture aussi parfois, il ne se fait pas le porte parole du monde sonore. Il est uniquement le porte parole de sa propre imagination, le porte parole de son monde sonore. La parole a toute son importance dans ce disque d'ailleurs. Le monde de Tricoli est un monde où la parole est omniprésente. De nombreuses voix parcourent chaque pièce pour raconter ce monde, pas tellement avec des mots, mais seulement avec des intentions, des intonations. Les voix de Clonic Earth sont des voix ralenties, des spectres de voix, des discours fantomatiques qui hantent cet univers ténébreux et chaotique. La parole donne l'impression de raconter quelque chose, d'être narrative, comme la forme de ces pièces, mais elle est surtout utilisée pour son aspect psychologique, pour donner du caractère à chaque pièce et la faire avancer vers un territoire psychologique nouveau, plus que pour prononcer une narration logique.
La psychologie a aussi son importance ici. Si la qualification de psychoacoustique n'était pas tant connotée, on l'accolerait facilement à Clonic Earth. Tricoli ne joue pas sur des volumes forts, ni sur des fréquences extrêmes, il ne s'agit pas de faire mal, non, mais de faire peur, d'immerger. Les sons de synthèses, les progressions lentes et les voix transformées nous invitent à une plongée dans un univers sombre, infernal et chaotique. Il y a quelque chose de sombre, mais pas non plus de cauchemardesque. Parce que Tricoli sait apporter la lumière nécessaire au bon moment. Il nous plonge dans un univers effrayant mais sait rassurer quand il faut pour ne pas plonger l'auditeur dans l'angoisse. Ce n'est plus vraiment un plongeon dans les flammes de l'enfer, mais plutôt un survol, ou une traversée, guidée avec bienfaisance et virtuosité.
Quant au travail sur le son lui-même, Tricoli fait juste preuve d'une originalité rare. Les textures, les grains et les structures utilisées ne renvoient à rien d'autre qu'à l'imagination de Tricoli. On est loin des cuts survoltés, des fréquences stridentes et des filtrages classiques. Tricoli construit un univers sonore unique fait de synthèses étranges et décalées, de voix fantomatiques, le tout dans une structure qui ne laisse rien présager. Il construit un univers qui paraît limpide mais qui cache toujours quelque chose. Il utilise des sons simples mais aux connotations complexes, ce qui permet de construire un univers clair et riche. Un univers étonnant, puissant, et riche.
VALERIO TRICOLI - Clonic Earth (2LP, Pan, 2016) : http://p-a-n.org/release/pan-71-valerio-tricoli-clonic-earth/
Essential Listenings #43
Composition de Taku Sugimoto réalisée par Ryoko Akama (électronique, piano), Cristian Alvear (guitare), Cyril Bondi (harmonium, percussions), et d'incise (métaux, électronique). Publié par Caduc, déjà épuisé à la source.
caduc
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Premier solo de Sergio Merce qui présentait son saxophone modifié "microtonal" pour la première fois. Publié en 2014 sur potlatch.
potlatch
Haiku String Trio réalise plusieurs compositions pour instruments à cordes de Beat Keller, Tom Johnson et Joseph Kurdika. Avec Julia Schwob (violon), Davis Schnee (alto), Nicola Romano (violoncelle).
wandelweiser
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Dernier album du légendaire groupe post-hardcore Neurosis. Parution en CD, double LP, cassette et digital chez Neurot, et produit par Steve Albini.
neurot
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Nouveau coffret de Mohammad (MMMD) édité en coffret de trois EP. Des mélodies lentes, sombres et ... basses. Epique.
antifrost
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Double LP d'un maître de la musique électroacoustique européenne. Surprenant.
pan
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Taku Unami et Eric La Casa pour une des plus intriguantes collaborations publiées chez erstwhile.
erstwhile
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Longue improvisation (ou pas) réductionniste et minimale, proche du drone, par Nikos Veliotis (de Mohammad) au violoncelle, Rhodri Davies à la harpe électrique et Angharad Davies au violon. Publié en 2010 par absurd et Organized Music from Thessaloniki.
organized music from thessaloniki
bandcamp
Sergio Merce - be nothing
Après un premier essai en solo paru sur Potlatch, Sergio
Merce revient avec be nothing : une nouvelle proposition pour
saxophone microtonal toujours (un saxophone modifié par lui-même à l'aide d'eau, de gaz et d'air comprimé à la place des mécanismes habituels),
accompagné cette fois d'électronique et de synthétiseur analogique. Il y a plus
d'instruments que sur son premier solo, mais ça ne veut pas dire que Sergio
Merce part dans le noise ou l'impro, au contraire, sa musique est encore plus
posée que précédemment, et l'ajout d'instruments lui permet de mieux se
concentrer sur chaque son, d'être plus précis et moins contraint pour une
musique encore plus fantomatique que la première fois.
C’est franchement dur de résister à la tentation de
comparer ces deux disques. Il y a bien des différences entre Microtonal Saxophone et be nothing, mais ils restent
fondamentalement assez proches. Sergio Merce explore le même intérêt pour les
superpositions de différentes couches, et surtout pour les intervales
microtonaux. Pourtant, be nothing est
moins une démonstration de force que son précédent disque. Il ne s’agit plus
ici d’une suite de variations offertes par son instrument, le saxophone n’est
plus un prétexte à la musique, Sergio Merce semble s’être avant tout concentré
sur la structure.
Une structure qui lui a permis d’être publié par Wandelweiser
peut-être, puisqu’il s’agit d’une longue piste d’une heure où les
superpositions de couches sonores sont entrecoupées de longs silences. Quant
aux couches en elles-mêmes, elles évoluent progressivement et sont plus riches
que sur son précédent solo. Enfin, « riches » d’une certaine manière.
Les couches ne sont pas aussi complexes, mais l’électronique et le synthétiseur
analogique permettent tout du moins à Sergio Merce d’élargir le registre à
certaines fréquences (basses et aigues) qui n’auraient pas été possibles avec
le saxophone seulement.
Tous les fragments sonores explorent des intervales qui
se frottent, on retrouve souvent des battements harmoniques et des tensions qui
confèrent à cette musique quelque chose de spectral et fantomatique, mais aussi
de poétique. Sergio Merce joue sur les relations entre les sons, entre les
harmoniques, sur les résonances et les durées, sur les répétitions et les
oublis, il joue une musique unique faite de fréquences simples aux relations
complexes.
Be nothing est
vraiment complémentaire à Microtonal
Saxophone, si vous avez aimé le premier, vous ne serez pas déçus. Et si
vous le n’aviez pas déjà écouté, c’est l’occasion de découvrir ce saxophoniste
argentin hors norme avec ces deux disques aussi beaux l’un que l’autre.
SERGIO MERCE - be nothing (CD, wandelweiser, 2016) : http://www.wandelweiser.de/_e-w-records/_ewr-catalogue/ewr1604.html
SERGIO MERCE - be nothing (CD, wandelweiser, 2016) : http://www.wandelweiser.de/_e-w-records/_ewr-catalogue/ewr1604.html
Keith Rowe & Martin Küchen - The Bakery
Si mes souvenirs sont bons, je pense avoir entendu Martin Küchen pour la première fois en trio avec Keith Rowe et Seymour Wright, sur un disque publié il y a quelques années chez another timbre. La guitare préparée de Keith Rowe était confrontée aux techniques étendues des deux saxophonistes, la neige radiophonique aux souffles humains, pour une musique improvisée rugueuse et abstraite. Mes souvenirs ne sont pas assez précis pour une comparaison, mais The Bakery est l'occasion de retrouver deux des membres de cette formation, Martin Küchen et Keith Rowe, pour une musique intime et simple, douce et abrasive, en grande partie improvisée (dans la mesure où l'on peut parler d'improvisation avec Keith Rowe).Depuis quelques années, je trouve la musique de Keith Rowe de plus en plus aride et radicale, parfois même austère, à l'image de son dernier duo en CD avec John Tilbury. Ca n'a rien de négatif, mais The Bakery ne ressemble pas à ça, peut-être parce que l'enregistrement date de 2013 aussi. Je trouve au contraire ce dique très doux, parfois même mélodieux d'une certaine manière. Il a quelque chose d'agréable, de fluide et soyeux en quelque sorte.
Les souffles du saxophone et les bruits blancs électroniques s'entremêlent et tissent parfois des notes fantomatiques, des bourdons discrets qui s'infiltrent dans la longue respiration des deux musiciens. On n'est jamais dans le bruit pur, ni dans la mélodie bien évidemment, mais toujours dans un entre-deux stable et équilibré. Küchen et Rowe semblent comme sculpter une mélodie vivante à l'intérieur de bruits inertes. Ils font ressortir le harmoniques propres à chaque bruit et dessinent une sorte d'aquarelle abstraite où émergent parfois comme des figures communes, connues.
La musique de Küchen semble souvent immémoriale, elle a quelque chose d'archaïque et de simple qui fait toute sa beauté, comme un retour au source guidé par une intentionnalité futuriste. Ici, c'est au tour de l'électronique et de la guitare de Keith Rowe de se plonger dans un monde ancien, dans un monde où musique et bruit ne sont pas séparés, où nature et culture marchent ensemble. Küchen et Rowe font vibrer le bruit de manière mélodieuse et charmeuse, ils créent des nappes de fumée électronique et instrumentale immersives et douces. Il n'est pas question de confrontation, de séparation, les deux hommes sont unis, comme les sources sonores, tout est réuni pour la création d'une musique atemporelle basée sur le bruit des souffles et l'union des respirations.
KEITH ROWE / MARTIN KÜCHEN - The Bakery (CD, Mikroton, 2016) : http://mikroton.net/recordings/index.php/catalog/mikroton-cd-46/
John Butcher, Thomas Lehn, Matthew Shipp - Tangle
Si Fataka n'est pas un label qui mise sur les "nouveaux talents" ou les "artistes prometteurs", il reste, malgré son jeune âge, un des labels les plus intéressants pour qui s'intéresse à la musique improvisée, tout particulièrement aux têtes d'affiches de l'impro, qui délivrent souvent sur ce label quelques unes de leurs meilleures productions de ces dernières années. Tangle, le dernier CD à paraître sur ce label, regroupe ainsi John Butcher, Thomas Lehn et Matthew Shipp, soit autant de musiciens qui monopolisent tous les festivals, salles de concerts et labels intéressés par l'improvisation, et qu'on a tous vu et entendu à plusieurs reprises. Alors, quel intérêt à ce disque ?
Une belle pochette et un super son ? Non ça ne suffit pas. Le premier à noter pour les fans, c'est que c'est la première publication (première rencontre aussi ?) réunissant ces trois musiciens sur un même disque. Mais ça, ça vaut surtout pour les collectionneurs et les obsessionnels de Butcher ou Shipp (ceux de Thomas Lehn ne doivent pas être aussi nombreux j'imagine). Par contre, il faut savoir que quand Fataka décide de publier un disque, il y a souvent une raison plus importante, peut-être simpliste, mais vraiment importante, c'est que ce label publie toujours des performances d'une qualité rare. Il ne s'agit pas de publier cette rencontre parce qu'elle est inédite, il s'agit de la publier parce qu'elle en vaut le coup, parce qu'elle est excitante, qu'on est heureux de l'entendre et qu'on a souvent envie de la rejouer.
A part les dérives monkiesques de Matthew Shipp, on ne trouve rien de vraiment surprenant : l'extravagance modulaire de Thomas Lehn, les explorations sonores nerveuses de John Butcher et une touche free jazz américaine au piano. Ce qui est le plus surprenant est peut-être la fidélité avec laquelle joue ces trois musiciens. Ils ne tentent pas de s'imiter ou de se copier, bien au contraire, ils jouent comme ils ont toujours joué, et parviennent à se faire chacun leur place dans ce trio, sans s'étouffer, sans se contredire, ni rien. On a trois instruments différents, trois esthétiques différentes, mais une musique pourtant unie. Le trio réussit à concilier les traditions, les préoccupations et les codes esthétiques de chacun pour une performance qui navigue entre le free jazz, le réductionnisme et l'eai, sans qu'on ne soit jamais dans une case bien définie.
Alors bien sûr, on les connaît ces trois là, et rien à redire quant à leurs techniques, quant à leur virtuosité. Evidemment qu'ils jouent bien, qu'ils touchent comme personne, mais c'est surtout cette unification incongrue qui est excitante. Entendre un saxophone abstrait et explorateur aux côtés d'un pianiste qui swingue avec des clusters et de Thomas Lehn qui manipule les circuits analogiques comme un alien qui essaierait de communiquer à travers l'espace, voilà ce qui rend cette rencontre étonnante et excitante, voilà qui fait de ce disque un de ceux que je conseillerais pour qui veut entendre les travaux récents d'un de ces trois excellents improvisateurs.
JOHN BUTCHER, THOMAS LEHN, MATTHEW SHIPP - Tangle (CD, 2016, Fataka ) : http://fataka.net/
Une belle pochette et un super son ? Non ça ne suffit pas. Le premier à noter pour les fans, c'est que c'est la première publication (première rencontre aussi ?) réunissant ces trois musiciens sur un même disque. Mais ça, ça vaut surtout pour les collectionneurs et les obsessionnels de Butcher ou Shipp (ceux de Thomas Lehn ne doivent pas être aussi nombreux j'imagine). Par contre, il faut savoir que quand Fataka décide de publier un disque, il y a souvent une raison plus importante, peut-être simpliste, mais vraiment importante, c'est que ce label publie toujours des performances d'une qualité rare. Il ne s'agit pas de publier cette rencontre parce qu'elle est inédite, il s'agit de la publier parce qu'elle en vaut le coup, parce qu'elle est excitante, qu'on est heureux de l'entendre et qu'on a souvent envie de la rejouer.
A part les dérives monkiesques de Matthew Shipp, on ne trouve rien de vraiment surprenant : l'extravagance modulaire de Thomas Lehn, les explorations sonores nerveuses de John Butcher et une touche free jazz américaine au piano. Ce qui est le plus surprenant est peut-être la fidélité avec laquelle joue ces trois musiciens. Ils ne tentent pas de s'imiter ou de se copier, bien au contraire, ils jouent comme ils ont toujours joué, et parviennent à se faire chacun leur place dans ce trio, sans s'étouffer, sans se contredire, ni rien. On a trois instruments différents, trois esthétiques différentes, mais une musique pourtant unie. Le trio réussit à concilier les traditions, les préoccupations et les codes esthétiques de chacun pour une performance qui navigue entre le free jazz, le réductionnisme et l'eai, sans qu'on ne soit jamais dans une case bien définie.
Alors bien sûr, on les connaît ces trois là, et rien à redire quant à leurs techniques, quant à leur virtuosité. Evidemment qu'ils jouent bien, qu'ils touchent comme personne, mais c'est surtout cette unification incongrue qui est excitante. Entendre un saxophone abstrait et explorateur aux côtés d'un pianiste qui swingue avec des clusters et de Thomas Lehn qui manipule les circuits analogiques comme un alien qui essaierait de communiquer à travers l'espace, voilà ce qui rend cette rencontre étonnante et excitante, voilà qui fait de ce disque un de ceux que je conseillerais pour qui veut entendre les travaux récents d'un de ces trois excellents improvisateurs.
JOHN BUTCHER, THOMAS LEHN, MATTHEW SHIPP - Tangle (CD, 2016, Fataka ) : http://fataka.net/
Norbert Möslang, Ilia Belorukov, Kurt Liedwart - sale_interiora
Ce n'est pas la première fois que Norbert Möslang apparait sur le label Mikroton, on l'avait déjà entendu sur le superbe Slodgy en compagnie d'eRikm notamment. Quant à Ilia Belorukov, il collabore très régulièrement avec Kurt Liedwart depuis quelques années maintenant, deux musiciens russes qui rencontrent pour la première fois Möslang sur sale_interiora. Au programme, les fameux objets quotidiens électroniques transformés par celui que l'on qualifiera toujours de deuxième moitié de Voice Crack (même si cette formation n'existe plus depuis bientôt quinze ans...), des synthétiseurs analogiques, un saxophone préparé, de l'électronique et de l'ordinateur. Si Belorukov et Liedwart se tournent depuis quelques temps vers des musiques de plus en plus minimales et abstraites, il n'en est rien ici, ils suivent la voie tracée par Möslang et forment un trio énergique, virtuose et puissant.
Samples frénétiques, rythmiques lourdes et entêtantes, basses profondes et larsens foudroyants sont les ingrédients de base de ces deux pièces. Le trio mélange les genres et les codes : techno et électroacoustique, field recordings et noise, improvisation libre et musique concrète se côtoient sans problème, pour créer une musique toujours plus forte et surprenante. Tout est trituré et manipulé pour produire toutes sortes de sons : des aigus, basses, boucles, mur de bruit, glissando, explosion, etc. parsèment ces deux pièces et sont imbriqués de manière toujours logique et rationnelle.
Le trio explore toutes les possibilités offertes par leurs outils, mais également les possibilités offertes par les codes esthétiques propres aux musiques expérimentales et électroniques. Du sample au larsen, des circuits électriques déviés à la synthèse sonore numérique ou analogique en passant par des enregistrements, tout est bon pour créer. On se retrouve ainsi dans un maelstrom de matériaux sonores variés mais qui ont en commun de toujours maintenir l'auditeur sur une brèche tendue. Ils n'utilisent pas que des fréquences extrêmes, ni des synthèses massives, mais des samples ou des sons qui ont en commun de toujours aller de l'avant, de ne jamais s'arrêter. La musique de ce trio avance sans cesse, de façon déterminée et écrasante, comme si rien ne pouvait l'arrêter, et l'auditeur se retrouve pris dans cet engrenage sans pouvoir en sortir.
Que ce soit en voiture, sur une chaîne hi-fi, que l'écoute soit immersive ou distraite, sale_interiora ne laisse pas indemne, on se retrouve toujours pris dedans et on y revient. Peut-être que cette collaboration était ponctuelle, mais voilà le genre de rencontre spontanée qui valait bien le coup d'être éditée, car cette formation a parfaitement su saisir l'instant pour créer une musique puissante, hors-norme, belle d'une certaine manière, juste en tout cas, précise et qui fait sens. Typiquement le genre de disque auquel je retournerais facilement en tout cas.
NORBERT MÖSLANG, ILIA BELORUKOV, KURT LIEDWART - sale_interiora (CD, Mikroton, 2016) : http://mikroton.net/recordings/index.php/catalog/mikroton-cd-47/
Samples frénétiques, rythmiques lourdes et entêtantes, basses profondes et larsens foudroyants sont les ingrédients de base de ces deux pièces. Le trio mélange les genres et les codes : techno et électroacoustique, field recordings et noise, improvisation libre et musique concrète se côtoient sans problème, pour créer une musique toujours plus forte et surprenante. Tout est trituré et manipulé pour produire toutes sortes de sons : des aigus, basses, boucles, mur de bruit, glissando, explosion, etc. parsèment ces deux pièces et sont imbriqués de manière toujours logique et rationnelle.
Le trio explore toutes les possibilités offertes par leurs outils, mais également les possibilités offertes par les codes esthétiques propres aux musiques expérimentales et électroniques. Du sample au larsen, des circuits électriques déviés à la synthèse sonore numérique ou analogique en passant par des enregistrements, tout est bon pour créer. On se retrouve ainsi dans un maelstrom de matériaux sonores variés mais qui ont en commun de toujours maintenir l'auditeur sur une brèche tendue. Ils n'utilisent pas que des fréquences extrêmes, ni des synthèses massives, mais des samples ou des sons qui ont en commun de toujours aller de l'avant, de ne jamais s'arrêter. La musique de ce trio avance sans cesse, de façon déterminée et écrasante, comme si rien ne pouvait l'arrêter, et l'auditeur se retrouve pris dans cet engrenage sans pouvoir en sortir.
Que ce soit en voiture, sur une chaîne hi-fi, que l'écoute soit immersive ou distraite, sale_interiora ne laisse pas indemne, on se retrouve toujours pris dedans et on y revient. Peut-être que cette collaboration était ponctuelle, mais voilà le genre de rencontre spontanée qui valait bien le coup d'être éditée, car cette formation a parfaitement su saisir l'instant pour créer une musique puissante, hors-norme, belle d'une certaine manière, juste en tout cas, précise et qui fait sens. Typiquement le genre de disque auquel je retournerais facilement en tout cas.
NORBERT MÖSLANG, ILIA BELORUKOV, KURT LIEDWART - sale_interiora (CD, Mikroton, 2016) : http://mikroton.net/recordings/index.php/catalog/mikroton-cd-47/
Sec_ - Mefite
Mefite, le dernier CD de Sec_ publié sur son propre label, est un des disques qui tournent en boucle sur ma chaîne depuis quelques temps. Un disque dont je ne me lasse pas, que j'ai découvert avec surprise et qui me transporte ailleurs à chaque fois. On était habitué aux manipulations virtuoses de bandes magnétiques, aux improvisations à tendance noise et musique concrète de cet artiste italien, mais pas à Mefite. Sec_ semble avoir passé un cap, il prend une autre direction avec ce disque qui ne ressemble à aucun de ses précédents, et cette voie s'avère géniale pour le moment.
Des bandes et des enregistrements on en trouve toujours sur ce disque, il n'y a pas à s'inquiéter à ce niveau, des triturations électroniques aussi. Là où ça bouge, c'est avec l'introduction d'une installation de diffusion radiophonique, et la voix de M.DellaMorte. Sec_ a multiplié les canaux de diffusion et a ajouté une voix parlée façon radio qui récite des textes de Peter Liechti. Et la musique qu'il a composé avec ces nouveaux moyens a quelque chose de beaucoup plus figuratif et épique.
La musique est inspirée d'une divinité italienne symbole du passage de la vie à la mort. Et toute la musique joue sur ce passage. Des ambiances lumineuses aux couloirs obscurs, Sec_ nous fait voyager à travers un monde incertain, dur, austère et vivant à la fois. Les accélérations ou décélérations constantes du son (hormis la voix live) renforcent toujours cette impression de voyage, d'un voyage déterminé et nécessaire auquel on ne peut échapper. La musique n'est pas envoutante, elle est entraînante. Elle nous prend de force et nous emmène où elle veut, où le destin le décide.
Et c'est cette sensation d'être entrainé de force par une destinée qui nous échappe qui donne l'impression de vivre une vraie tragédie concrète. Sec_ créé une musique forte, une musique où la voix, le texte, les multiples canaux de diffusion et les manipulations nous entrainent contre notre gré où ce dernier le décide. Sec_ nous conduit dans les ténèbres mythologiques, dans des destinées populaires et épiques, mais aussi dans des territoires sonores qui marquent et blessent les esprits, des univers sonores éclatés, multiples, aux allures surprenantes et chaotiques, mais parfaitement maîtrisées.
SEC_ - Mefite (CD, Toxo Records, 2016) : http://www.toxorecords.com/sec_/
Des bandes et des enregistrements on en trouve toujours sur ce disque, il n'y a pas à s'inquiéter à ce niveau, des triturations électroniques aussi. Là où ça bouge, c'est avec l'introduction d'une installation de diffusion radiophonique, et la voix de M.DellaMorte. Sec_ a multiplié les canaux de diffusion et a ajouté une voix parlée façon radio qui récite des textes de Peter Liechti. Et la musique qu'il a composé avec ces nouveaux moyens a quelque chose de beaucoup plus figuratif et épique.
La musique est inspirée d'une divinité italienne symbole du passage de la vie à la mort. Et toute la musique joue sur ce passage. Des ambiances lumineuses aux couloirs obscurs, Sec_ nous fait voyager à travers un monde incertain, dur, austère et vivant à la fois. Les accélérations ou décélérations constantes du son (hormis la voix live) renforcent toujours cette impression de voyage, d'un voyage déterminé et nécessaire auquel on ne peut échapper. La musique n'est pas envoutante, elle est entraînante. Elle nous prend de force et nous emmène où elle veut, où le destin le décide.
Et c'est cette sensation d'être entrainé de force par une destinée qui nous échappe qui donne l'impression de vivre une vraie tragédie concrète. Sec_ créé une musique forte, une musique où la voix, le texte, les multiples canaux de diffusion et les manipulations nous entrainent contre notre gré où ce dernier le décide. Sec_ nous conduit dans les ténèbres mythologiques, dans des destinées populaires et épiques, mais aussi dans des territoires sonores qui marquent et blessent les esprits, des univers sonores éclatés, multiples, aux allures surprenantes et chaotiques, mais parfaitement maîtrisées.
SEC_ - Mefite (CD, Toxo Records, 2016) : http://www.toxorecords.com/sec_/
Sarah Hennies - Gather & Release
La dernière fois que j'ai entendu Sarah Hennies en solo, c'était lors du festival Cable où elle réalisait trois compositions pour percussions et vibraphones. C'était dans une grande galerie, où le public s'est retrouvé complétement immergé dans les résonances et les spectres harmoniques. La musique proposée par Hennies était bien entièrement acoustique, mais le soin porté au son, à sa richesse et à sa diffusion dans l'espace était largement digne d'une multi-diffusion électroacoustique. Quelques années plus tard, le temps de composer deux magnifiques pièces, Sarah Hennies revient donc avec Gather & Release, deux compositions pour vibraphone, sinusoïdes et field recordings, deux propositions uniques et inoubliables pour leur richesse, leur clarté et leur originalité.
Les premières qualités de Sarah Hennies sont surement la patience et la persévérance. Quand elle choisit un son, qu'il soit acoustique (percussions), électronique (sinusoïdes) ou concret, aussi anodin qu'il puisse paraître au premier abord, elle en fait toujours ressortir quelque chose d'inouï. En utilisant la durée, la répétition ou le mixage, elle parvient à conférer un caractère envahissant à chaque son exploité. Ces derniers envahissent l'espace parfois grâce à la diffusion stéréo, mais aussi et surtout grâce à l'enrichissement spectral du aux répétitions, et c'est grâce à la durée souvent qu'ils parviennent aussi à envahir l'esprit, à faire qu'on se laisse toujours emporter dans ce flot limpide de sonorités magnifiques.
Des expériences conflictuelles, tendues, anxieuses et obsessionnelles sont à la base de ces deux compositions inscrites dans le cadre d'une thérapie EMDR. Mais étrangement, on ne ressent que fluidité, assurance, limpidité et clarté à l'écoute de ce disque. Peut-être est-ce le résultat du processus de composition inscrit dans la thérapie ? Peu importe à vrai dire. Ce dont je voudrais parler ici c'est plutôt de la clarté de la composition. Chaque partie est composée d'un ou deux éléments qui se superposent et s'enrichissent progressivement, de la même manière que certaines harmoniques émergent du battement ininterrompu et régulier des maillets sur le vibraphone. Ces parties durent uniquement le temps d'en explorer leur puissance psychoacoustique inhérente, et rien de plus. La répétition et le minimalisme ne sont pas tellement endurants ici, Sarah Hennies agit sur la psychologie et l'esprit de l'auditeur, et passe à autre chose, à une autre action mentale et acoustique. Ces parties sont distinctes les unes des autres, aussi distinctes et claires qu'une idée cartésienne... et elles s'enchaînent avec une fluidité magique et surprenante, malgré les oppositions de couleurs, de matériaux (bois, métal, archet, maillet, électronique, enregistrements) et de volumes.
Depuis que j'ai entendu cette vibraphoniste pour la première fois jouer une pièce de Jürg Frey, je ne doute pas de ses qualités d'instrumentistes. Principalement au vibraphone, mais également sur d'autres percussions plus simples ou brutes (crotales, triangle, wood block), Sarah Hennies joue avec une régularité machinique pour créer une musique aux textures très riches et envahissantes. Elle parvient grâce à cette virtuosité, à cette précision et à cette endurance à toute épreuve, à inventer des mondes sonores nouveaux qui agissent sur la perception, qui transforment l'espace d'écoute et l'état d'esprit. Dorénavant, c'est son talent de compositrice qui s'affirme pleinement, et qui enrichit son jeu et ses techniques de manière inouïe. Un disque unique, profond, qui relève du magique et de l'indéniablement beau.
SARAH HENNIES - Gather & Release (CD, Category of manifestation, 2016) : http://www.futurevessel.com/coppice/category-of-manifestation
Les premières qualités de Sarah Hennies sont surement la patience et la persévérance. Quand elle choisit un son, qu'il soit acoustique (percussions), électronique (sinusoïdes) ou concret, aussi anodin qu'il puisse paraître au premier abord, elle en fait toujours ressortir quelque chose d'inouï. En utilisant la durée, la répétition ou le mixage, elle parvient à conférer un caractère envahissant à chaque son exploité. Ces derniers envahissent l'espace parfois grâce à la diffusion stéréo, mais aussi et surtout grâce à l'enrichissement spectral du aux répétitions, et c'est grâce à la durée souvent qu'ils parviennent aussi à envahir l'esprit, à faire qu'on se laisse toujours emporter dans ce flot limpide de sonorités magnifiques.
Des expériences conflictuelles, tendues, anxieuses et obsessionnelles sont à la base de ces deux compositions inscrites dans le cadre d'une thérapie EMDR. Mais étrangement, on ne ressent que fluidité, assurance, limpidité et clarté à l'écoute de ce disque. Peut-être est-ce le résultat du processus de composition inscrit dans la thérapie ? Peu importe à vrai dire. Ce dont je voudrais parler ici c'est plutôt de la clarté de la composition. Chaque partie est composée d'un ou deux éléments qui se superposent et s'enrichissent progressivement, de la même manière que certaines harmoniques émergent du battement ininterrompu et régulier des maillets sur le vibraphone. Ces parties durent uniquement le temps d'en explorer leur puissance psychoacoustique inhérente, et rien de plus. La répétition et le minimalisme ne sont pas tellement endurants ici, Sarah Hennies agit sur la psychologie et l'esprit de l'auditeur, et passe à autre chose, à une autre action mentale et acoustique. Ces parties sont distinctes les unes des autres, aussi distinctes et claires qu'une idée cartésienne... et elles s'enchaînent avec une fluidité magique et surprenante, malgré les oppositions de couleurs, de matériaux (bois, métal, archet, maillet, électronique, enregistrements) et de volumes.
Depuis que j'ai entendu cette vibraphoniste pour la première fois jouer une pièce de Jürg Frey, je ne doute pas de ses qualités d'instrumentistes. Principalement au vibraphone, mais également sur d'autres percussions plus simples ou brutes (crotales, triangle, wood block), Sarah Hennies joue avec une régularité machinique pour créer une musique aux textures très riches et envahissantes. Elle parvient grâce à cette virtuosité, à cette précision et à cette endurance à toute épreuve, à inventer des mondes sonores nouveaux qui agissent sur la perception, qui transforment l'espace d'écoute et l'état d'esprit. Dorénavant, c'est son talent de compositrice qui s'affirme pleinement, et qui enrichit son jeu et ses techniques de manière inouïe. Un disque unique, profond, qui relève du magique et de l'indéniablement beau.
SARAH HENNIES - Gather & Release (CD, Category of manifestation, 2016) : http://www.futurevessel.com/coppice/category-of-manifestation
Francisco Meirino - Surrender, render, end
Après plusieurs collaborations avec Dave Phillips, Roro Perrot (Vomir), Tony Whitehead, et Leif Elggren, Francisco Meirino revient avec un nouveau solo, conséquent et remarquable encore une fois. Cet artiste suisse est une figure importante des musiques expérimentales dans la mesure où sa musique explore les frontières entre plusieurs courants musicaux. Sa musique n'est pas exempte de clichés, non, mais elle est unique. Si nous pouvons entendre plein de choses que nous avons déjà entendues dans ses disques, la façon de travailler de Meirino reste unique et intéressante. Pourquoi ? Parce que ce dernier maîtrise parfaitement les codes de la musique électroacoutsique, de la musique concrète, des boucles de bandes comme des synthétiseurs modulaires, en plus de faire de la musique pour ordinateur, et il compose avec ces codes et ces paradigmes une musique complètement personnelle.
Si tout au long de sa carrière solo, le travail de Francisco Meirino sur le son s'est précisé et affiné, avec Surrender, Render, End, c'est dorénavant son travail de composition et de mixage qui devient de plus en plus fin, subtil et intelligent. Ce dernier est souvent qualifié de compositeur noise, et pourtant sa musique va au-delà de la simple noise. C'est un subtil mélange de noise, de musique concrète, de phénomènes acoustiques sonores amplifiés, de musique électroacoustique et psychoacoustique, de manipulations électriques des parasites, ainsi que de synthèses numériques et analogiques. Toutes ces techniques, ces langages musicaux, et ces esthétiques se trouvent confrontés, mélangés, opposés, et tissés les uns dans les autres de manière logique et cinématographique pour un voyage noir et flippant dans un univers sonore hors du commun et puissant.
Meirino ne joue pas forcément avec des forts volumes, ni avec des fréquences extrêmes. Tout et affaire de subtilités et de sous-entendus. Sa musique est puissante de par son évocation, elle est sombre de par ses détails. Quand il nous entraîne dans des profondeurs cauchemardesques, ce n'est pas aussi évocateur que Dave Phillips, c'est avec finesse, par à-coups, qu'il nous y entraîne. Les mécaniques sonores déraillent légèrement, les sons naturels sont brouillés progressivement par des nappes fantomatiques, et les spectres graves s'élargissent régulièrement.
Le travail de composition de Meirino prend ici toute son importance. Il ne s'agit pas simplement de créer des sons uniques - ils ne le sont pas tant que ça - mais de les agencer. Comment écrire une histoire avec cette masse de sons ? Comment entraîner l'auditeur dans ce rêve électroacoustique noir et flippant ? Tout en évitant les clichés s'il vous plaît. Par progression, par collage et montage, en utilisant des lignes continues et en coupant court de manière abrupte à toute progression, en se basant sur les qualités psychoacoustiques du son, en reforçant chaque image par des synthèses sonores monumentales ou discrètes, en jouant sur des détails, en prenant en compte les effets du son lui-même comme de la composition, Meirino compose un voyage sonore unique et formidable.
Le communiqué de presse évoque Luc Ferrari, Peter Tscherkassky et les membres de Schimpfluch, alors oui effectivement on retrouve les effets psychoacoustiques des derniers, les mécaniques épileptiques du second et l'influence électroacoustique du premier, mais au-delà de ça, Francisco Meirino évoque un voyage fou dans un univers sonore dérangé, sombre et noir. Ses compositions sont d'une richesse, d'une profondeur, d'une subtilité et d'une densité rares. Il dépasse les codes et ses influences pour composer une musique expérimentale nouvelle, personnelle, puissante, et large. Une musique où le son est travaillé aussi précisément que la structure, où le fantasme dépasse la réalité et imprègne cette dernière, une musique où le cauchemar est sous nos yeux, et prend forme de manière sonore.
FRANCISCO MEIRINO - Surrender, render, end (CD, The Helen Scarsdale Agency, 2016) : http://www.helenscarsdale.com/published/fmeirino-surrender.htm
Si tout au long de sa carrière solo, le travail de Francisco Meirino sur le son s'est précisé et affiné, avec Surrender, Render, End, c'est dorénavant son travail de composition et de mixage qui devient de plus en plus fin, subtil et intelligent. Ce dernier est souvent qualifié de compositeur noise, et pourtant sa musique va au-delà de la simple noise. C'est un subtil mélange de noise, de musique concrète, de phénomènes acoustiques sonores amplifiés, de musique électroacoustique et psychoacoustique, de manipulations électriques des parasites, ainsi que de synthèses numériques et analogiques. Toutes ces techniques, ces langages musicaux, et ces esthétiques se trouvent confrontés, mélangés, opposés, et tissés les uns dans les autres de manière logique et cinématographique pour un voyage noir et flippant dans un univers sonore hors du commun et puissant.
Meirino ne joue pas forcément avec des forts volumes, ni avec des fréquences extrêmes. Tout et affaire de subtilités et de sous-entendus. Sa musique est puissante de par son évocation, elle est sombre de par ses détails. Quand il nous entraîne dans des profondeurs cauchemardesques, ce n'est pas aussi évocateur que Dave Phillips, c'est avec finesse, par à-coups, qu'il nous y entraîne. Les mécaniques sonores déraillent légèrement, les sons naturels sont brouillés progressivement par des nappes fantomatiques, et les spectres graves s'élargissent régulièrement.
Le travail de composition de Meirino prend ici toute son importance. Il ne s'agit pas simplement de créer des sons uniques - ils ne le sont pas tant que ça - mais de les agencer. Comment écrire une histoire avec cette masse de sons ? Comment entraîner l'auditeur dans ce rêve électroacoustique noir et flippant ? Tout en évitant les clichés s'il vous plaît. Par progression, par collage et montage, en utilisant des lignes continues et en coupant court de manière abrupte à toute progression, en se basant sur les qualités psychoacoustiques du son, en reforçant chaque image par des synthèses sonores monumentales ou discrètes, en jouant sur des détails, en prenant en compte les effets du son lui-même comme de la composition, Meirino compose un voyage sonore unique et formidable.
Le communiqué de presse évoque Luc Ferrari, Peter Tscherkassky et les membres de Schimpfluch, alors oui effectivement on retrouve les effets psychoacoustiques des derniers, les mécaniques épileptiques du second et l'influence électroacoustique du premier, mais au-delà de ça, Francisco Meirino évoque un voyage fou dans un univers sonore dérangé, sombre et noir. Ses compositions sont d'une richesse, d'une profondeur, d'une subtilité et d'une densité rares. Il dépasse les codes et ses influences pour composer une musique expérimentale nouvelle, personnelle, puissante, et large. Une musique où le son est travaillé aussi précisément que la structure, où le fantasme dépasse la réalité et imprègne cette dernière, une musique où le cauchemar est sous nos yeux, et prend forme de manière sonore.
FRANCISCO MEIRINO - Surrender, render, end (CD, The Helen Scarsdale Agency, 2016) : http://www.helenscarsdale.com/published/fmeirino-surrender.htm
Vanessa Rossetto - "The way you make me feel" & "Adult Contemporary"
Si je n'ai plus beaucoup de souvenirs des premiers disques que j'ai entendu de Vanessa Rossetto, je ne pense pas oublier ses derniers avant longtemps (les trois sortis cette année 2016 en tout cas). Cette artiste texane se révèle bien être une des nouvelles musiciennes expérimentales américaines les plus intéressantes, notamment à travers ses compositions pour field-recordings. Auparavant, je trouvais son travail proche de celui d'Anne Guthrie, dans son utilisation du quotidien, mais j'avais l'impression qu'il manquait quelque chose par rapport à cette dernière notamment, que ce soit au niveau de la prise de son, ou dans la clarté des structures. Mais voilà que tous ces écueils sont largement dépassés, et que Vanessa Rossetto explore maintenant le son d'une manière unique : intime et musicale, expérimentale et transfigurative.
The way you make me feel est le résultat de quelques semaines d'enregistrements intenses à New-York. Durant une résidence dans cette métropole, Vanessa Rossetto a passé tout son "temps libre" à capturer tous les sons possibles, présents à NY : sons électriques, électroniques, urbains, industriels, mécaniques, etc. Il s'agit pour la plupart de sons anecdotiques, des phénomènes sonores qu'on n'entend plus et des parasites imperceptibles. Vanessa Rossetto a ainsi capturé sur le vif toute une masse de ces débris sonores, de ces parasites acoustiques, et de ces déchets environnementaux pour composer une suite de quatre pièces chez elle.
Tous ces détails quotidiens, ces sons environnants, proches du chaos et sources d'angoisse quand on s'y attarde, tout ce matériel qui fait notre environnement sonore est ici décomposé en petites unités, superposées les unes aux autres. Vanessa Rossetto accumule des strates d'enregistrements pour composer quatre longues pièces continues. Cette continuité, c'est le dépassement de l'angoisse et du chaos, la maîtrise d'un environnement qui nous échappe. En décomposant ces sons pour les assembler et les structurer de manière personnelle et intime, avec douceur et noirceur également, Rossetto peut se réapproprier un monde hors de contrôle. Elle se l'approprie par la composition, et nous pouvons nous retrouver dans ce monde grâce à l'écoute de cette appropriation personnelle. Je crois que toute la force de ces quatre compositions réside dans cette réappropriation d'un monde sonore hors de contrôle, dans ce dépassement du chaos et de l'angoisse.
Si, à première vue, ces pièces paraissent sombres, abstraites et continues, une écoute plus attentive révèle de nombreux passages lumineux, de nombreux éclats dans les ruptures, mais aussi une foule de détails et une possibilité de reconnaître de nombreux matériaux qui au début paraissent insaisissables. Vanessa Rossetto a composé ici quatre pièces utilisant une large palette de couleurs, des structures claires, qui évoluent et surprennent, des matériaux hors du commun (du commun musical j'entends), quatre pièces uniques et fantastiques qui dépassent totalement leurs sources, qui dépassent la quotidienneté, l'urbanité et le parasitisme de ces dernières pour leur conférer un statut d'œuvre d'art.
Puis, dans Adult Contemporary, c'est toujours de ce dépassement dont il s'agit, de la transfiguration du réel. Dans ces trois pièces publiées cet été, Vanessa Rossetto utilise toujours des sons très quotidiens, très réels, bruts et proches, comme une des premières sources sonores de ses compositions. Les pièces sont construites différemment ici, d'autres sources électroniques semblent être utilisées, ainsi que d'autres manières de transformer les enregistrements, mais le but paraît être toujours de créer une sorte de nouvelle musique concrète, une musique concrète basée sur une réalité quotidienne invisible.
A la différence de The way you make me feel, les fragments de réel capturés pour Adult Contemporay sont ressentis comme une réalité beaucoup plus asservie, beaucoup plus maîtrisée. L'environnement n'échappe plus à Rossetto, il est saisi et utilisé pour ce qu'il est, il est capturé tel quel, dominé dans la transformation et les effets, exploité dans des compositions claires qui ne sont plus des accumulations de strates. Au contraire, Rossetto utilise ici toutes les qualités de ces fragments de réels, de ces bribes de conversations saisies, de ces cris enfantins, du traffic, des parasites électriques ou mécaniques, des insectes pour les exploiter tels quels, pour en extraire les propriétés essentielles et les asservir aux besoins des compositions. Elle saisit ainsi telle intensité, telle dynamique, telle douceur, telle force, de chaque enregistrement, pour parfois la mettre en boucle, parfois la transformer à l'aide d'effets de réverbération, de ralenti, ou bien elle l'utilise de manière pure et contemplative et le laisse se déployer aux besoins des structures.
Les pièces sont construites en plusieurs parties qui évoluent crescendo souvent, allant vers des timbres de plus en plus abrasifs, de plus en plus forts, de plus en plus intenses. Puis tout se rompt, pour aboutir dans un silence qui laisse place au déploiement d'autres enregistrements. Ces évolutions sont souvent appuyées par du bruit ambiant, des nappes corrosives ou des fréquences extrêmes qui donnent une ampleur et une dimension encore plus profonde à tous cesenregistrements. Les structures sont claires, les fragments de réels composent une musique nouvelle qui évolue comme un rêve : de façon intense au niveau émotionnel, de façon abrupte et irrationnelle au niveau structurel. On ne sait jamais réellement ce qui va suivre, ni où on est, et c'est toute la magie de ces trois pièces : nous plonger dans un univers inattendu, surprenant, où la banalité et le quotidien se trouvent transformés en sons irréels, surnaturels, et oniriques.
VANESSA ROSSETTO - The way you make me feel (CD, Unfathomless, 2016) : https://unfathomless.wordpress.com/releases/u35-vanessa-rossetto/
VANESSA ROSSETTO - Adult Contemporary (cassette, No Rent, 2016) : http://www.norentrecords.com/product/nrr-30-vanessa-rossetto-adult-contemporary-c-40
The way you make me feel est le résultat de quelques semaines d'enregistrements intenses à New-York. Durant une résidence dans cette métropole, Vanessa Rossetto a passé tout son "temps libre" à capturer tous les sons possibles, présents à NY : sons électriques, électroniques, urbains, industriels, mécaniques, etc. Il s'agit pour la plupart de sons anecdotiques, des phénomènes sonores qu'on n'entend plus et des parasites imperceptibles. Vanessa Rossetto a ainsi capturé sur le vif toute une masse de ces débris sonores, de ces parasites acoustiques, et de ces déchets environnementaux pour composer une suite de quatre pièces chez elle.
Tous ces détails quotidiens, ces sons environnants, proches du chaos et sources d'angoisse quand on s'y attarde, tout ce matériel qui fait notre environnement sonore est ici décomposé en petites unités, superposées les unes aux autres. Vanessa Rossetto accumule des strates d'enregistrements pour composer quatre longues pièces continues. Cette continuité, c'est le dépassement de l'angoisse et du chaos, la maîtrise d'un environnement qui nous échappe. En décomposant ces sons pour les assembler et les structurer de manière personnelle et intime, avec douceur et noirceur également, Rossetto peut se réapproprier un monde hors de contrôle. Elle se l'approprie par la composition, et nous pouvons nous retrouver dans ce monde grâce à l'écoute de cette appropriation personnelle. Je crois que toute la force de ces quatre compositions réside dans cette réappropriation d'un monde sonore hors de contrôle, dans ce dépassement du chaos et de l'angoisse.
Si, à première vue, ces pièces paraissent sombres, abstraites et continues, une écoute plus attentive révèle de nombreux passages lumineux, de nombreux éclats dans les ruptures, mais aussi une foule de détails et une possibilité de reconnaître de nombreux matériaux qui au début paraissent insaisissables. Vanessa Rossetto a composé ici quatre pièces utilisant une large palette de couleurs, des structures claires, qui évoluent et surprennent, des matériaux hors du commun (du commun musical j'entends), quatre pièces uniques et fantastiques qui dépassent totalement leurs sources, qui dépassent la quotidienneté, l'urbanité et le parasitisme de ces dernières pour leur conférer un statut d'œuvre d'art.
Puis, dans Adult Contemporary, c'est toujours de ce dépassement dont il s'agit, de la transfiguration du réel. Dans ces trois pièces publiées cet été, Vanessa Rossetto utilise toujours des sons très quotidiens, très réels, bruts et proches, comme une des premières sources sonores de ses compositions. Les pièces sont construites différemment ici, d'autres sources électroniques semblent être utilisées, ainsi que d'autres manières de transformer les enregistrements, mais le but paraît être toujours de créer une sorte de nouvelle musique concrète, une musique concrète basée sur une réalité quotidienne invisible.
A la différence de The way you make me feel, les fragments de réel capturés pour Adult Contemporay sont ressentis comme une réalité beaucoup plus asservie, beaucoup plus maîtrisée. L'environnement n'échappe plus à Rossetto, il est saisi et utilisé pour ce qu'il est, il est capturé tel quel, dominé dans la transformation et les effets, exploité dans des compositions claires qui ne sont plus des accumulations de strates. Au contraire, Rossetto utilise ici toutes les qualités de ces fragments de réels, de ces bribes de conversations saisies, de ces cris enfantins, du traffic, des parasites électriques ou mécaniques, des insectes pour les exploiter tels quels, pour en extraire les propriétés essentielles et les asservir aux besoins des compositions. Elle saisit ainsi telle intensité, telle dynamique, telle douceur, telle force, de chaque enregistrement, pour parfois la mettre en boucle, parfois la transformer à l'aide d'effets de réverbération, de ralenti, ou bien elle l'utilise de manière pure et contemplative et le laisse se déployer aux besoins des structures.
Les pièces sont construites en plusieurs parties qui évoluent crescendo souvent, allant vers des timbres de plus en plus abrasifs, de plus en plus forts, de plus en plus intenses. Puis tout se rompt, pour aboutir dans un silence qui laisse place au déploiement d'autres enregistrements. Ces évolutions sont souvent appuyées par du bruit ambiant, des nappes corrosives ou des fréquences extrêmes qui donnent une ampleur et une dimension encore plus profonde à tous cesenregistrements. Les structures sont claires, les fragments de réels composent une musique nouvelle qui évolue comme un rêve : de façon intense au niveau émotionnel, de façon abrupte et irrationnelle au niveau structurel. On ne sait jamais réellement ce qui va suivre, ni où on est, et c'est toute la magie de ces trois pièces : nous plonger dans un univers inattendu, surprenant, où la banalité et le quotidien se trouvent transformés en sons irréels, surnaturels, et oniriques.
VANESSA ROSSETTO - The way you make me feel (CD, Unfathomless, 2016) : https://unfathomless.wordpress.com/releases/u35-vanessa-rossetto/
VANESSA ROSSETTO - Adult Contemporary (cassette, No Rent, 2016) : http://www.norentrecords.com/product/nrr-30-vanessa-rossetto-adult-contemporary-c-40
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