Billy Gomberg - Quiet Barrier (Rest + Noise, 2011)

Billy Gomberg est le deuxième membre de Fraufraulein avec Anne Guthrie, celui qui fait basculer ce duo dans l'expérimentation brute. Pour cet album solo publié par Rest + Noise, il quitte les field recordings pour un synthétiseur et quelques touches d'électronique. Quiet Barrier donc, est un ensemble de huit pièces linéaires et cinématographiques, comme huit travellings le long de paysages désolés et poétiques. Chaque pièce décrit un paysage à travers des mélodies simples et mélancoliques, touchantes par leur aspect nostalgique (à l'image des polaroids présents à l'intérieur du livret). Les rythmes sont simples, lents et méditatifs, et la durée peut ressembler aux longs plans-séquences de Béla Tarr. Traversée nostalgique d'étendues tristes qui forment la matière sonore et narrative, une matière créée en temps réel, improvisée, comme si le filmé déterminait le film. Ces nappes sensiblement sombres et dépressives rendent une atmosphère générale poétique et délicate, mais aussi et surtout inhabituelle, car Gomberg n'hésite pas à superposer de nombreux éléments pour aboutir à une structure et à un agencement complexes des différents matériaux sonores utilisés. Différents éléments qui n'ont cependant pas une fonction purement timbrale, mais qui ont avant tout une fonction narrative et significative. Car Gomberg raconte huit pièces plutôt qu'il n'en compose, il peint huit tableaux aux tendances descriptives plus qu'abstraites. La structure semble être toujours au service de la lente contemplation de paysages désolés, une contemplation très affectée par des souvenirs et de nombreuses émotions qui forment de magnifiques textures sonores.

Peut-être trop agréable ou facile d'écoute pour certains, trop proche de l'ambient façon easy-listening, Quiet Barrier offre des tableaux aux frontières de l'abstraction et de la description, en agençant de manière parfois improbables des lignes mélodiques atypiques, comme si Sigur Ros était aliéné par des débris post-industriels. Car Gomberg est seul à dépeindre ces restes de civilisations et ses souvenirs, seul dans un univers pas nécessairement hostile - les sons ne sont jamais agressifs ou saturés, mais toujours doux et ronds - mais néanmoins dépressif. En tout cas, Gomberg lui-même semble se laisser guider par les sons, la structure paraît ainsi émerger petit à petit grâce à l'attention et à la sensibilité du musicien new-yorkais. Une sensibilité puissante qui se laisse affecter par une matière sonore tout d'abord contemplative, puis extatique. Huit tableaux singuliers, huit plans-séquences intenses et poétiques; entre le post-rock et l'ambient, entre la poésie intimiste et l'aridité de Pedro Costa.

Tracklist: 01-Instants / 02-Partial to appearance / 03-Hearts in red / 04-Eyes a faint smile / 05-Night with cheap stars / 06-Sending whispers / 07-Snow / 08-The ends of breaths

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