Joe Williamson - Hoard (Creative Sources, 2011)

Ceci est le dernier post de l'année, mais également le dernier consacré à cette longue fournée de disques produits par le label portugais CS. Le dernier et un des meilleurs à mon goût. Hoard est un solo du contrebassiste canadien vivant dorénavant en Suède, Joe Williamson. Pour ceux qui ne le connaissent pas, on a déjà pu l'entendre dans le chef d'oeuvre du Free Quartett, Ballistik I-IX (aux côtés de Sven-Ake Johansson, Axel Dörner et Thomas Ankersmit), dans le trio Trapist avec Martin Siewert et Martin Brandlmayr, ainsi que tout récemment dans un autre trio avec Tony Buck et Olaf Rupp, Weird Weapons 2.

Après cette brève présentation, passons à la musique elle-même. On a deux pièces, d'environ vingt minutes chacune. Deux longues pièces en fait, car sur les deux l'archet ne s'arrête jamais, il y a constamment du son, à un volume la plupart du temps assez fort. Les deux pièces sont violentes, Joe Williamson paraît beaucoup jouer sur les cordes à vide et il se concentre principalement sur les textures, aucunement sur les notes ou les rythmes. Le son change avec la pression de l'archet surtout, pression qui est la plupart du temps beaucoup trop puissante relativement à la norme. Joe Williamson semble en vouloir aux cordes, il ne les caresse pas, on peut à peine dire qu'il les frotte, mais plutôt qu'il les malmène et les agresse avec des crins. Torture, agressivité et violence. Le son est dur, rêche, et plein d'aspérité. Car les cordes ne sont pas lisses, et ce sont leurs aspérités mêmes qui attaquent l'archet (ou s'en défendent) et surtout donnent du grain aux textures recherchées durant ces quarante minutes. Les deux pièces sont assez minimalistes, comme un bourdon qui peut ne pas bouger d'une corde durant une dizaine de minutes, mais il y a tout de même de nombreux micro-changements, qui se font selon la vitesse du frottement et la pression de l'archet. En tout cas, il s'agit d'un minimalisme à tendance harsh, car les textures sont denses et agressives la plupart du temps, et elles demandent une disponibilité surtout nerveuse assez entière. Ceci-dit, la palette des textures est assez large et variée pour retenir l'attention tout du long lorsqu'on accepte de pénétrer cet univers assez violent et torturé.

Cette richesse dans les couleurs doit certainement beaucoup à l'enregistrement de David Stäckenas qui a du mettre le micro le plus près possible de la basse, car toutes les aspérités du timbre sont présentes, mais également le grain même de l'archet, tout comme la dureté du cordier. Un enregistrement très près d'une contrebasse malmenée par un musicien violent qui désaccorde sa corde la plus grave afin d'accéder à des extrêmes peu entendues, et qui en même temps frotte le plus fort qu'il puisse son archet jusqu'à ce qu'il arrive à ces textures grasses, rugueuses, nerveuses, denses et envoutantes que nous retrouvons extrêmement souvent durant Hoard.

On est très loin du solo de Duboc par exemple (qui ne jouait que sur le cordier), mais Williamson explore aussi une technique de jeu particulière pour arriver dans ce solo vraiment réussi à la constitution de textures exceptionnelles et inouïes pour cet instrument. D'un côté c'est nerveux, agressif et bruyant, mais de l'autre, c'est fin, précis, original et brillant. Recommandé!

Tracklist: 01-Inadvertent attraction of suspicion / 02-Hoard

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