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Jérôme Noetinger & Ensemble Phoenix Basel - Les voix de l'invisible

Alors que Jérôme Noetinger est certainement une des figures les plus importantes des musiques expérimentales en France (en tant que musicien, distributeur, organisateur et sous plein d'autres casquettes), son activité discographique n'a jamais été vraiment abondante. Et quand on la regarde de près, une chose frappe tout de suite, c'est l'absence de solo. Chaque publication est le témoignage d'une collaboration avec un ou plusieurs autres musiciens (électroniques ou instrumentistes), d'une collaboration avec des membres très actifs des musiques électroacoustiques ou improvisées. Et puis, arrivé en 2016, Les voix de l'invisible, paru sur le label polonais Bocian (qui a déjà édité plusieurs disques avec Noetinger) se détache de ses précédentes éditions, car il s'agit cette fois d'une collaboration avec un orchestre d'instrumentistes, l'Ensemble Phoenix Basel, dirigé par le percussionniste récemment décédé Daniel Buess, qui avait commandé une partition à cet acteur majeur de la manipulation de bandes sur Revox en 2012.

N'étant pas adepte de la notation musicale, la principale difficulté de Noetinger a tout d'abord été de savoir comment transmettre des intentions musicales à des instrumentistes, comment créer une partition qu'on lui a commandé : " j'ai décidé de faire ce que je savais faire soit travailler avec l'enregistrement et des boucles, et ensuite demander aux musiciens un travail d'imitation. Après une première séance de répétition, j'ai pu tout réorganiser avec leur interprétation en tête et en prenant aussi en compte les limites physiques de chaque instrument " nous dit Jérôme Noetinger dans ses notes de présentation.

Le résultat est une sorte de maelstrom sonore où tout se mélange, un maelstrom construit de manière toujours surprenante et évolutive. On traverse des territoires sombres, puis lumineux, graves ou aigus, continus ou discontinus, rompus brutalement ou évoluant progressivement. Il y a plusieurs choses de vraiment réussie dans cette collaboration. La première est cette fusion et cette cohésion entre les musiciens. Tout d'abord les enregistrements de Noetinger ne se distinguent pas tellement des interventions instrumentales (flûte, saxophone, contrebasse, percussion, clarinette, synthétiseur et guitare électrique), ou électroniques, des membres de l'Ensemble Phoenix. Les musiciens ont parfaitement su saisir les propriétés essentielles de chaque enregistrement et de chaque boucle, et ont su s'intégrer à leur timbre, à leur dynamique, à leur volume, ou à leur  progression. Ils ont su copier l'essence même de chaque boucle, et sont ainsi parvenu à s'intégrer et à fusionner avec les bandes de Noetinger.

Cette méthode de travail et cette virtuosité propre à l'ensemble comme à Noetinger nous amène à la deuxième chose que je trouve franchement remarquable dans ce disque : le dépassement des frontières. Quand les instruments acoustiques et électriques, les manipulations électroniques et les boucles électroacoustiques ne se différencient plus, tout ce qui sépare habituellement ces méthodes et ces outils se trouve aboli. Il n'est pas question de division ici, l'électronique, l'électrique, l'acoustique et l'électroacoustique sont sur un pied d'égalité, il n'y a plus que des musiciens, présents pour jouer cette musique, dans laquelle ils s'investissent pleinement. Et dans cette méthode basée sur l'imitation et la copie, sur les enregistrements et leur construction, il y a également un dépassement des séparations entre la musique improvisée et la musique savante. 

Les voix de l'invisible explore une zone musicale floue, une zone où la notation ne s'oppose pas à l'improvisation, où l'improvisation créer la composition, où des enregistrements dont les sources ne sont pas musicales ni instrumentales dictent la partition à suivre. C'est l'exploration d'une zone indéfinie où toutes les séparations et les divisions sont abolies au profit d'une union et d'une fusion riche et épanouissante entre des instrumentistes, des "ingénieurs" compositeurs, des improvisateurs et des musiciens classiques ; une musique qui n'est pas acoustique ni électronique ni électroacoustique, une musique qui est simplement la jouissance des phénomènes sonores, la jouissance du "jouer ensemble" pour une exploration de territoires sonores nouveaux et riches. Et si on ne parvient pas toujours à saisir comment est construite cette pièce, c'est pour mieux saisir chaque instant présent, la beauté de chaque phénomène sonore exploré à tel moment. Et l'écoute de chaque moment, de chaque son, de chaque phase, est toujours un plaisir, une surprise qui se renouvelle sans que l'on s'inquiète de la suite ou du passé. Un superbe disque en somme.


JEROME NOETINGER & ENSEMBLE PHOENIX BASEL - Les voix de l'invisible (LP, Bocian, 2016) : http://www.bocianrecords.com/releases.html


Luminance Ratio - Reverie [LP]

LUMINANCE RATIO - Reverie (Bocian, 2013)
Après un album CD et deux splits en 45 tours (dont un avec Oren Ambarchi), le quartet Luminance Ratio vient d'être publié en vinyle sur le label polonais Bocian. Cette formation propose une musique peu habituelle pour ce label, puisqu'il s'agit d'une espèce de post-rock, post-folk, à moitié ambient et à moitié dark, dans une veine expérimentale proche d'Ambarchi justement, ou de Fennesz et d'autres guitaristes de ce genre (on peut penser à Fabio Orsi également). Des quatre musiciens, je n'en connais qu'un seul, Luca Sigurtà (électronique), pour sa collaboration récente avec Francisco Meirino, mais sinon, le quartet est également composé de Gianmaria Aprile (guitare), Luca Mauri (guitare) et Andrea Ferraris (ordinateur, cymbale et électronique). (En plus, le disque est parsemé de nombreux invités au fil des titres - que je ne connais pas plus - Simone Fratti à la basse, Giancarlo Nino Locatelli à la clarinette basse et aux percussions, Andrea Serrapiglio au violoncelle, et Luca Serrapiglio au saxophone).

La ratio de luminosité ici n'est pas très élévé. Luminance Ratio, au fil de ses huit morceaux, propose effectivement des voyages sombres et nocturnes dans des espèces de terres lunaires et froides. Une ambiance sombre, lente, éthérée et sans pesanteur, caractérise la plupart de ces morceaux. Les guitares donnent dans le riff lent, espacé, très marquées au niveau des effets mais sans aucune marque d'agression. De la même manière, Sigurtà et Ferraris posent des nappes granulaires et plutôt lisses d'électronique discrète. On navigue facilement entre le post-rock et du folk lunaire, entre le dark ambient et l'expérimentation sonore populaire. Le son de ce groupe est vraiment original, entre le post-rock et l'ambient dur et le noise très soft, tonal et aux sonorités folk. Des paysages mystérieux, en-dehors du temps, de l'espace et de la gravité, des paysages sans centres, où on ne peut qu'errer car il n'y a pas de but. Du rock à moitié psyché et à moitié drone, pas mal du tout, qui plaira aux curieux.

Paal Nilssen-Love & Mats Gustafsson - Sin Gas

PAAL NILSSEN-LOVE & MATS GUSTAFSSON - Sin Gas (Bocian, 2013)
Après une dizaine d'années de collaboration en duo et au sein d'autres formations (notamment The Thing), et plusieurs CD, le duo Mats Gustafsson/Paal Nilssen-Love revient avec un CD intitulé Sin Gas qui fait suite au double 45 tours pour congas, slide saxophone et baryton publié sur le même label (bocian). Je pense qu'il s'agit de la même session d'enregistrement, sauf que sur Sin Gas, le duo utilise une instrumentation plus habituelle, soit une batterie pour Nilssen-Love, et des saxophones ténor, baryton et basse pour Gustafsson.

Une instrumentation plus habituelle pour une musique aussi convenue, mais que j'aime toujours étrangement. Car habituellement, le free qui ne joue que sur la puissance, que sur le cri et l'énergie, ça peut avoir tendance à me fatiguer. Mais avec ce duo, c'est autre chose. Je n'admire pas forcément ces deux musiciens pour leur sens de la musicalité, mais bien plutôt pour leur énergie et leur puissance. Pour ce son survolté, guttural, nerveux et ultra puissant propre aux deux musiciens. L'énergie du rock le plus pur est ici, mais aussi du punk et du hardcore. Quand Nilssen-Love et Gustafsson se retrouvent en duo, c'est pour offrir une musique pleine d'énergie, un assault de percussions et de souffles qui ne s'arrête pas : des cris, des blasts, des passages plus calmes des fois certes, mais toujours aussi agressifs et lyriques.

Une version vinyle augmentée d'une pièce a été publiée quelques semaines après ce CD, une version que je n'ai pas écouté, mais en tout cas, pour les deux improvisations présentes sur ce CD, il s'agit de deux pièces vraiment furieuses, viscérales, et très énergiques surtout. L'interaction entre les deux musiciens est attentive et passionnée, joyeuse et nerveuse, très excitée en somme. Et quant au principe d'improvisation, il semblerait qu'il ne s'agisse que de dégager une énergie constante et maximale, ce qui est pleinement réussi. Une très belle suite à Con Gas (le double 45 tours paru chez Bocian dont je parlais au début), et un des plus puissants enregistrements de ce duo.

Inner Ear - Return from the center of the earth

INNER EAR - Return From the Center of the Earth (Bocian, 2013)
Return from the center of the earth  est le second album du quartet Inner Ear, une formation internationale composée par Mikołaj Trzaska (saxophone alto & clarinette basse, de Pologne), Steve Swell (trombone, des Etats-Unis), Per-Åke Holmlander (tuba, de Suède) et Tim Daisy (batterie, des Etats-Unis). Ce quartet propose une musique pas très loin de la musique improvisée, mais qui est plutôt proche du free jazz, du free jazz comme le label polonais bocian a l'habitude d'en proposer, c'est-à-dire du free jazz de qualité.

En une trentaine de minutes, Inner Ear propose seulement trois pièces, improvisées la plupart du temps, mais très bien structurées j'ai envie de dire. Le groupe ne joue pas sur une puissance constante, mais alterne les improvisations libres collectives, les improvisations jazz, rythmiques et lyriques sur fond de pattern au tuba et à la batterie, les duo plus posés, les improvisations plutôt nerveuses, puis mélodiques, et rythmiques, ou plus sonores. Les différents modes d'improvisation sont très bien équilibrés, et l'interaction entre les membres de cette formation est très juste, l'écoute est toujours attentive, et surtout, quelque soit le mode de jeu et d'improvisation, Inner Ear y met toujours toute son énergie et sa passion.

Du bon gros free très inspiré et frais notamment grâce à l'instrumentation neuve des cuivres graves (notamment le tuba) qui assurent aussi la section rythmique avec puissance et entrain, mais aussi inspiré par le jazz et le swing, avec des accents un peu binaire et rock par moment pour bien pulser le tout. Chaque membre sait toujours soutenir la musique de manière adéquate, par la présence, l'absence, l'accompagnement ou la discrétion selon les moments. Du free bien dansant, énergique, passionné et inspiré en somme.

Cyril Bondi, d'incise, Jacques Demierre, Jonas Kocher - Öcca [LP]

BONDI / D'INCISE / DEMIERRE / KOCHER - Öcca (Bocian, 2013) 
On connait le label bocian principalement pour ses productions noise et free jazz, souvent très puissantes et énergiques (Robert Piotrowicz, Mats Gustafsson, SEC_, Kevin Drumm, Paal Nilssen-Love, etc.), et c'est donc une surprise de trouver ce vinyle au milieu de tout ça. Car presque sans aucun doute, Öcca est le plus calme et le plus épuré des disques que j'ai eu l'occasion d'entendre sur ce label. Cyril Bondi à la grosse caisse, d'incise à l'ordinateur, Jacques Demierre au piano et Jonas Kocher à l'accordéon : un quartet qui réunit les trois principaux acteurs de la jeune avant-garde suisse et un ancien (Demierre) de l'improvisation libre, Suisse également.

Bondi, d'incise et Kocher travaillent régulièrement ensemble depuis plusieurs années, tandis que Demierre participe à l'IMO (insub meta orchestra), dirigé par Bondi et d'incise. Ce n'est donc pas leur première rencontre, et on peut facilement le ressentir. Il s'agit d'improvisation libre toujours, mais clairement dirigée dans une direction. Le quartet n'évolue que sur des terrains très calmes, très neutres, des terrains sonores où aucune source instrumentale ne se distingue la plupart du temps, une au grand maximum (surtout le piano et l'accordéon qui ont des timbres si caractéristiques). Mais en règle générale, le quartet explore des terrains bruitistes très calmes et linéaires, il explore des zones pas vraiment musicales et très fines, des zones faites de bruits, de silences, de calmes anormaux, d'une quiétude très tendue. Car si ces improvisations ne sont jamais fortes en volume, si elles sont espacées et calmes, et si en plus elles paraissent très linéaires et informelles, il n'en règne pas moins une grande tension et les terrains sont tout de même en constante évolution. Le quartet explore une multitude de textures : des textures très fines, subtiles, précises, calmes, belles, et originales.

Öcca est un très bel exemple d'improvisation libre non-idiomatique ou de réductionnisme si l'on veut, mais c'est surtout une nouvelle preuve de la finesse de cette jeune scène suisse hyperactive, de leur originalité, de leur talent, de leur passion, et de la finesse dont ils sont capables. De plus, la présence de Demierre rend cette session encore plus charmante, un Demierre qui joue pleinement le jeu des trois jeunes improvisateurs, qui se fond dans la masse avec une finesse impressionnante, d'une manière parfois proche de Tilbury. Très beau travail.

mike majkowski

BLIP - Dead Space (Bocian, 2012)
Dead Space est le second album du duo australien Blip (Jim Denley aux saxophone alto, flûte et ballon, et Mike Majkowski à la contrebasse, pitch pipe et objets), et le titre n'a pas été choisi au hasard puisque cet album a d'une part été enregistré dans une chambre anéchoïque (sans aucun écho), et qu'en plus il est dédié à la mémoire des pères des deux musiciens.

Le duo tente, semble-t-il, de faire revivre cet espace vide d'écho, mort de résonance. Si les phénomènes acoustiques sont faibles dans cet espace, il n'y a qu'à propager toute la richesse sonore possible semblent vouloir dire les deux musiciens. Et c'est ce qu'ils font : Jim Denley accumule techniques étendues sur techniques étendues, avec une large préférence accordée aux souffles et aux harmoniques métalliques, tandis que Majkowski n'est jamais très loin au niveau sonore, et s'emploie à copier le son du souffle et des harmoniques avec un frottement léger des cordes, ainsi qu'avec l'insertion d'objets métalliques. Le duo propose ainsi sept improvisations libres concentrées sur les textures et les timbres, mais également sur l'interaction entre les instruments et leurs possibles entremêlements. Des improvisations plutôt calmes et linéaires, avec une narration sans rupture, un volume et une intensité constants : l'intérêt n'étant pas dans les formes et les structures, mais dans le son lui-même. Le duo se plonge littéralement dans ses instruments (flûte, saxophone et contrebasse avant tout) et offre une approche assez unique du jeu instrumental. Oui, d'un côté, Majkowski n'est pas sans rappeler Clayton Thomas et ses plaques d'immatriculation, tandis que les harmoniques avec souffles et salive de Denley font aussi penser à Martin Küchen, mais il y a tout de même une touche vraiment personnelle dans l'approche des instruments : Majkowski et Denley ont eux aussi développé un langage instrumental nouveau et frais, fait de techniques, de timbres, et d'atmosphères personnelles. Ces atmosphères sont sombres souvent, et mélancoliques, mais surtout riches et innovantes. 

Un très bel exemple d'improvisation libre non-idiomatique, avec toute la recherche instrumentale et sonore, ainsi que les développements techniques que cette pratique requiert. Conseillé.

MIKE MAJKOWSKI - Why is there something instead of nothing ? (Bocian, 2013)
Nouveau solo de contrebasse de Mike Majkowski publié cette fois en LP par Bocian, Why is there something instead of nothing renvoie aux questionnements métaphysiques de Leibniz et autres penseurs de l'ontologie. Musicalement pourtant, je ne vois aucune relation à faire entre l'ontologie et ce solo, hormis le titre de ce vinyle.

Majkowski propose une improvisation par face - enfin je parle d'improvisation mais c'est très clairement structuré et ça n'a rien de spontané. La première face est une longue pièce de quinze minutes où le contrebassiste australien d'origine polonaise ne cesse de faire aller et venir l'archet sur ses cordes à une rapidité surprenante. C'est très énergique, et posé en même temps, car Majkowski répète inlassablement le même geste, à la même vitesse, avec une pression plutôt constante, et laisse ainsi place aux multiples accidents de parcours et incidents sonores qui peuvent avoir lieu. En plus, je me demande tout de même si un objet métallique n'est pas placé dans les cordes, mais c'est possible que non, auquel cas le son de Majkowski est vraiment riche et surprenant. Une pièce intense et répétitive réussie. Puis sur la deuxième face, Majkowski propose une autre forme d'exploration sonore obsessionnelle en ne jouant que deux notes à l'archet, puis une pizzicato, à un rythme beaucoup plus calme et lent, et surtout en laissant place cette fois à la résonance des cordes et aux harmoniques fantômes qui surgissent quand les notes s'évanouissent.

C'est simple, précis, beau, subtil, et très bien structuré. Bon travail, très original pour un solo de basse.  

Jérôme Noetinger & SEC_ - Testacoda [LP]

JEROME NOETINGER & SEC_ - Testacoda (Bocian, 2012)
Bon là attention, c'est du lourd. Deux excellents manipulateurs du Revox en duo pour deux faces enregistrées à Grenoble et à Naples, villes d'origines des deux musiciens. Testacoda est un album d'improvisation électroacoustique par Jérôme Noetinger (Revox, micros, radio) et SEC_ (Revox, table de mixage bouclée, ordinateur). Chacun de ces musiciens est largement reconnu pour sa maîtrise du Revox et sa créativité, chacun est souvent qualifié d'artiste de la nouvelle musique concrète, d'une musique électroacoustique influencée par la noise et les musiques électroniques autant que par l'improvisation libre.

Quand deux personnes de cette envergure se rencontrent on en attend beaucoup, et ça ne marche pas toujours. Mais là, aucune déception, Noetinger & SEC_ proposent une musique comme on peut l'espérer de cette rencontre. Des boucles, des cris, de la radio, du larsen, le tout passé, manipulé et repassé sur bandes de Revox, avec irruptions brusques de bruit blanc, de nappes numériques, etc. Les bandes magnétiques, point de rencontre organique entre les deux musiciens, sont traitées de manière très active, très physique. Toute la puissance de ce disque vient à mon avis du fait que l'on ressent clairement la manière dont ces bandes sont traitées : avec les mains. Noetinger & SEC_ ne prennent pas leur Revox avec des détours, ils le prennent à bras le corps, prennent les bandes à la main, les stoppent, les ralentissent, modifient leur parcours, etc. S'ils devaient s'approcher d'instrumentistes, ce serait des batteurs : un jeu direct, sans détour, brut et primitif. Et c'est cette pratique brute que l'on ressent dans toutes ces textures typiques des bandes magnétiques et de l'analogique, dans ce collage hyperénergique et survolté, dans cette créativité rude et cette énergie violente.

A partir de deux enregistrements de Noetinger et SEC_, l'artiste napolitain a monté deux faces d'une musique puissante, énergique, faite d'hommages à la musique concrète, à l'indus, au gabber même parfois, à la noise aussi et à la musique improvisée. De l'improvisation électroacoustique comme on en redemande : un collage brusque et sans concession de manipulations magnétiques, de larsens et de bruits, un collage dense, éprouvant, violent et intense, avec de nombreuses ruptures et quelques passages pulsés. Conseillé.
DURIO ZIBETHINUS - Poissons frais (Be Coq, 2013)
Poissons frais est le premier album de Durio Zibethinus, un duo de deux jeunes musiciens orléanais avec le saxophoniste Quentin Biardeau (saxophones soprano, alto, ténor, clarinette, flûtes à bec, saxi, percussions, casiotone mt-11, magnétophone cassette) et le violoncelliste Valentin Ceccaldi (violoncelle, grosse caisse préparée, guide-chant électrique, piano à lames, dan-bau, tube pvc).

A regarder l'instrumentation, on peut penser à l'art ensemble of chicago. Et non sans raison en fait. Car Durio Zibethinus ne cache pas ses racines free jazz et jazz d'un côté : suraigus au saxo, ligne de basse libre, blast aux percussions. Mais en plus, le duo fait preuve d'une liberté et d'une ouverture qui sont dans la lignée de l'aeoc : les musiciens n'hésitent pas à utiliser des instruments non traditionnels, parfois pauvres, parfois incongrus, et surtout ils n'hésitent pas à explorer le son en tant que tel comme sur "Carpe" et "Sillure-spatule esturgeon" ou à faire référence au jazz à d'autres moments. Puis en écoutant "Gardon", c'est au FMP130 du trio Brötzmann/Van Hove/Bennink que je pense avec l'utilisation choc de la grosse préparée et du piano à lames, avec bien sûr un ténor en grande forme et très énergique. Durio Zibethinus équilibre en fait avec justesse l'utilisation de la puissance, des mélodies, et de l'exploration sonore, tout ça avec créativité et beaucoup d'énergie.

Durant les cinq pièces, ce qui est agréable, c'est que le duo explore toujours la musique de manière organique, que le duo explore des longues notes tenues et des bourdons, ou qu'il joue sur l'énergie et des dynamiques puissantes, les deux musiciens font corps ensemble, et bien sûr, leur son aussi. Du beau free jazz contemporain, qui parvient à être inventif sans cacher ni renier ses origines.

IKUE MORI & MAJA S.K. RATKJE - Scrumptious Sabotage (Bocian, 2013)
Depuis les premières fois que j'ai entendu Ikue Mori faire de la musique expérimentale et/ou improvisée en-dehors de DNA, j'ai toujours trouvé que le langage qu'elle avait élaboré était vraiment unique : une sorte de section rythmique électronique et analogique qui ressemble à une batterie synthétique jouée dans l'eau. C'est unique et en même temps, je ne trouve pas ce langage vraiment excitant, je ne sais pas si c'est l'omniprésence des filtres et des effets, ou bien l'aspect dadaïste gratuit, mais en tout cas je n'y suis pas très sensible tout en le trouvant bien élaboré. Du coup, parfois ça marche, et parfois pas du tout. Pour ce duo composé d'Ikue Mori et de Maja S.K. Ratkje par sur le label polonias bocian, je ne suis assez partagé encore une fois...

Il s'agit d'une suite de huit pièces écrites par le duo selon les notes de la pochette, mais qui paraissent totalement improvisées. J'imagine que le duo s'est surtout donné des instructions sur les dynamiques et la forme par exemple, mais que de nombreux choix et possibilités sont laissés lors de la réalisation. En tout cas, le duo propose ici une suite de pièces pour voix et électronique, mais surtout pour effets. Quelques samples, quelques nappes, de la voix, et le tout passé au filtre de machines qui en font souvent des tonnes. Le duo propose beaucoup de textures différentes, c'est souvent assez énergique et marqué par le collage et le dadaïsme, l'ambiance est assez noise sans être abrasive ni trop agressive, c'est plutôt une sorte de noise improvisée aux ambiances liquides et chaudes. Il faut le dire, le langage développé par Ikue Mori & Maja S.K. Ratkje ne ressemble à aucun autre, c'est un langage plutôt unique, et rien que pour ça, je tire ma révérance. Mais je n'arrive tout de même pas vraiment à cerner la direction de ces pièces, et je ne vois pas trop où elles veulent en venir. Je crois que c'est vraiment le genre de musique qui provoque soit l'indifférence totale, soit l'admiration complète : à vous de voir.

sélection aléatoire de musiques improvisées

OLIVIER DUMONT & RODOLPHE LOUBATIÈRE - Mouture (Obs, 2013)
Mouture est le second disque du duo Dumont/Loubatière après un premier opus intitulé nervure, paru sur creative sources. On retrouve ici Olivier Dumont à la guitare et aux objets, et Rodolphe Loubatière à la caisse claire pour deux improvisations libres de quinze et vingt minutes.

Ce n'est pas très long, mais il n'en fallait pas plus. Dumont & Loubatière proposent ici un disque dans la "tradition" de l'improvisation libre post-AMM. Tout se joue sur les couleurs, les timbres et les textures. Caisse claire et cymbales frottées, jeu sur les micro-contacts de la guitare, e-bow et objets : Dumont & Loubatière explorent des idées abstraites et souvent rugueuses sur les instruments. Le duo se libère des codes et des normes pour explorer le bruit, le son pur - libéré des contraintes instrumentales. Le résultat est une musique linéaire et noisy, assez calme et brute. 

Des improvisations libres abstraites et bruitistes, basées sur une certaine spontanéité, qui ne se veulent pas forcément originales je pense, mais qui proposent des idées parfois singulières, toujours longuement tenues, et honnêtes. 

PAAL NILSSEN-LOVE & MATS GUSTAFSSON -  Con-gas (Bocian, 2013)
Con-gas est un double 45 tours assez court où sont réunies deux célébrités du free jazz, de la noise et de l'improvisation libre européenne : Paal Nilssen-Love aux congas et Mats Gustafsson aux saxophones basse, et à coulisse (?).

Ce qui fait la particularité de ce disque est ce qui lui donne son titre : l'utilisation exclusive des congas par le percussionniste Nilssen-Love. Mais c'est aussi ce qui fait sa faiblesse : Nilssen-Love joue sur les couleurs, sur les volumes des congas, et conserve les techniques traditionnelles. Je ne sais pas si ça manque de professionnalisme, mais Nilssen-Love semble vite limité par l'instrument, à moins qu'il ne soit vite à court d'idées. Heureusement, Gustafsson est là, fidèle à lui-même, pour assurer les arrières - aussi bien que les offensives d'ailleurs. Ce dernier fait hurler le saxophone basse, le fait éructer, et n'est jamais à court d'énergie ni d'idées. Un saxophone puissant, féroce et énergique - encore plus sauvage grâce aux possibilités caverneuses du saxophone basse. Un saxophone qui remonte bien le niveau, et pour la curiosité, Gustafsson utilise également un saxophone à coulisse sur la dernière piste où il peut ainsi s'adonner à coeur joie au slap et glissando plastifiés, et autres singularités et possibilités de cet instrument peu commun. 

Du free jazz assez particulier et plutôt innovant, puissant et sauvage comme ce duo le laisse présager : pas mal du tout.

SÉBASTIEN BRANCHE - Ligne irrégulière (2013)
Même s'il est de moins en moins utilisé, le saxophone reste certainement encore aux musiques improvisées ce que la guitare est au rock : un instrument de prédilection, voire un instrument fétiche. C'est presque devenu courageux et audacieux d'oser sortir un solo de saxophone aujourd'hui. Mais certains résistent et persistent, tel Sébastien Branche pour ce solo de saxophone intitulé Ligne Irrégulière.

Un titre bien illustré par la pochette, mais qui résume aussi bien ces cinq improvisations. Chaque pièce est composée et basée principalement sur une note, ou un souffle, une note tenue comme un drone pour quelques minutes. Cette note trace la ligne tenue donc, tandis que les variations de la colonne d'air, les accidents du souffle continu et divers objets placés dans le corps du saxophone provoquent les irrégularités mentionnées dans le titre. Sébastien Branche maîtrise en grande partie chaque pièce, il sait où il va, comment, et pour combien de temps, tout en laissant le hasard et les accidents déterminer chaque relief, chaque aspérité et chaque possibilité de la ligne primordiale. Le son est contemplé et utilisé comme s'il pouvait être autonome, comme si tout en se pliant à la volonté de Sébastien Branche, il pouvait aussi la dépasser et la surpasser. Ce qui, de fait, arrive à certains moments, les plus magiques : du fait de cette autonomie qu'acquiert le son à l'instar du saxophoniste.

Ainsi, le solo de saxophone a encore un sens, l'instrument n'a pas été encore dépouillé : il suffit simplement de l'explorer lui-même, de le laisser s'exprimer (à travers seulement quelques filtres parfois) plutôt que d'explorer une foule de techniques étendues. Un solo assez minimaliste qui rejoint par certains aspects Seijiro Murayama, et encore plus Cyril Bondi, sans être très loin non plus de Lucio Capece pour l'utilisation des objets comme filtres. C'est innovant, surprenant, assez profond et envoûtant. Conseillé.

Fire Room - Second Breath

FIRE ROOM - Second Breath (Bocian, 2013)
Pour la plupart des lecteurs de ce blog, les trois membres de Fire Room ne leur seront pas inconnus (si ce n'est la formation elle-même, qui a sorti son premier disque en 2008). Certains, comme moi, les ont par ailleurs peut-être déjà trop entendus. Bref, ces trois musiciens, ce sont Ken Vandermark (saxophone ténor & clarinette), Paal Nilssen-Love (batterie) et Lasse Marhaug (électronique).

Voilà, tout est dit, rien qu'à voir ces noms, ceux qui les connaissent savent déjà largement à quoi s'attendre. Deux pièces d'improvisations ultra énergiques, nerveuses, et puissantes. Des blocs de bruit blanc saccadés, des cris de saxophone, des peaux torturées par les blasts. Le tout avec de nombreux breaks, des ruptures qui ne sont là que pour donner encore plus de puissance à ce qui suit. Les trois papes ultra prisés de la noise et de l'impro, on les connaît, on connaît leurs méthodes aussi. Rien de surprenant, mais voilà, il se trouve que je reçois ce disque au bon moment, j'ai un peu l'impression de revenir en arrière, mais ça fait un bien fou d'entendre ces explosions de violence et cette énergie incendiaire. Et puis si Vandermark et Nilssen-Love ont tendance à tourner en rond et à se répéter, au moins ils le font bien, avec la meilleur volonté du monde et en mettant dans cette musique viscérale tout ce qu'ils ont à donner. Et encore, c'est sans compter sur Lasse Marhaug, qui a le don pour ne pas laisser indifférent, le don de toujours placer au bon moment, au moins attendu, des pics électroniques abrasifs et intenses qui produisent toujours plus de puissance, mais qui a aussi le sens de la forme, un sens un peu plus aiguisé que dans le free jazz.

Une musique qui prêche les convaincus certainement avec ce troisième album (paru en CD et en vinyle), mais qui reste toujours de qualité. Pour les fans de ces trois musiciens, ce sera peut-être un indispensable, pour les autres je le conseille quand même si vous n'avez pas encore fait d'indigestion.

[norbert möslang]

NORBERT MÖSLANG - killer_kipper (Cave 12, 2013)
killer_kipper est un vinyle au format 12 pouces publié par le label suisse Cave 12. Enregistrement d'une courte performance (une petite vingtaine de minutes) de Norbert Möslang (également connu pour être la moitié du duo Voice Crack avec Andy Guhl), ce vinyle n'apporte pas grand chose de nouveau. Les manipulateurs virtuoses comme Möslang ou eRikm sont extrêmement talentueux, leur technique est irréprochable, leur récent duo le prouvait bien d'ailleurs. Mais le renouvellement n'est pas toujours de la partie malheureusement, comme le prouvent tout aussi bien ces trois nouveaux disques du spécialiste des détournements d'objets quotidiens.

Ces quelques réserves étant faites sur l'absence de renouvellement, je dois quand même dire que je reste encore très admiratif (mais pour combien de temps) devant ce genre d'improvisations où s'entremêlent l'eai, la noise et le power-electronic. L'utilisation faite des fréquences quotidiennes par Möslang reste assez extraordinaire. Des boucles de fréquences basses, des irruptions inattendues de larsens explosifs, aux nombreux parasites restructurés en une performance narrative, Möslang maîtrise ses installations, ses préparations, et ses détournements à merveille. Un droit fil est ici tracé par le biais de boucles interminables, sur lesquelles se greffent des interruptions et des incursions de plus en plus fortes, abrasives, et brusques. Une performance très intense, agressive, virtuose et singulière.

[informations & présentation: http://label.cave12.org/#]

NORBERT MÖSLANG - fuzz_galopp (Bocian, 2013)
Avec fuzz_galopp, autre LP publié cette fois par le label Bocian, la tendance narrative et linéaire est accentuée au détriment de la virtuosité et de l'ingéniosité peut-être. Mais je considère plus ceci comme un gain que comme une perte. On s'éloigne un peu ici de la démonstration de force, oui, mais pour approcher une musique plus profonde, sombre et mieux construite. Möslang joue ici sur une tension linéaire et des couleurs très sombres. Il ne s'agit pas de créer de l'intensité en surprenant l'auditeur par des irruptions brusques de larsens, mais plutôt en rendant le son de plus en plus massif. Pas physiquement seulement, mais surtout psychologiquement. La mise en boucle de basses très graves, aux limites de l'audible, de fréquences aussi pénétrantes et profondes, font de cette longue pièce un fil qui pénètre lentement mais surement la perception de l'auditeur. Un auditeur comme pris d'assaut par cette musique de laquelle on ne semble pas pouvoir échapper. Ce mélange de boucles ultra-basses, de pulsations mécaniques (sans samples ni percussions bien sûr) et de sonorités métalliques et industrielles, agrippe l'auditeur et ne le lâche plus. Peut-être moins agressif et virulent que killer_kipper, fuzz_galopp est par contre beaucoup plus profond et haletant, de par son aspect répétitif et narratif. Il reste les dix dernières minutes, plus ambient et créatives, qui ne sont pas forcément à mon goût. Une exploration abstraite des signaux électriques qui rompt la narration précédente et offre une palette par contre assez surprenante de fréquences en tout genre. Excellent travail tout de même.

[informations, présentation & extraits: http://www.bocianrecords.com/releases.html]

NORBERT MÖSLANG - indoor_outdoor (Ideologic Organ, 2012)
Premier vinyle a être paru de cette série de solos, indoor_outdoor est le plus réussi à mon goût, et je ne crois que ce soit seulement dû à la présence de Toshimaru Nakamura sur la deuxième face. La première partie de ce disque publié sur le label de Stephen O'Malley (SunnO)))) réunit tout ce que j'admire le plus chez Möslang. Soit une construction narrative très intense, et un sens du crescendo et de la masse sonore vraiment puissant. On part de pas grand chose ici, quelques parasites disséminés autour de silences, pour finalement arriver à un mur de son inouï. Le genre de pièce qui s'écarte des canons de la musique improvisée pour aborder des structures musicales narratives qui font toute l'intensité du disque. Une construction hallucinante où le son prend une ampleur toujours plus profonde et devient extrêmement massif, un mur où toutes les fréquences sont réunies en une masse stable et renversante.

Sur la deuxième pièce, l'aspect linéaire s'efface un peu au profit d'une musique plus proche de l'eai et du power-electronic. Une musique déstructurée et arythmique où on peine à percevoir l'influence du minimalisme de Toshimaru Nakamura. La table de mixage bouclée sur elle-même et les objets quotidiens craqués se mélangent en un feu d'artifice de composants électroniques amplifiés, du circuit-bending virtuose qui suit quand même un fil conducteur. Car à travers la profusion de parasites et d'explorations soniques, des segments linéaires sont tracés pour ne pas perdre l'auditeur dans la démonstration de force. Une pièce qui en somme peut être parfois très calme et plane, où extrêmement bruyante et fragmentée. La narration n'est pas complètement abandonnée, mais elle est souvent interrompue par de brusques segments massifs et imposants.

Bref, avec ce disque c'est tout le talent de Möslang pour l'exploration sonore comme pour la construction narrative qui ressortent le mieux. C'est aussi le plus brutal et le plus renversant. Parfait en somme pour découvrir ce chef de file historique de l'improvisation électroacoustique live. Recommandé.

[informations & présentation: http://editionsmego.com/release/SOMA008]

Kevin Drumm - Crowded

KEVIN DRUMM - Crowded (Bocian, 2012)
C'est sur le label polonais Bocian qu'est paru ce vinyle de Kevin Drumm, un excellent label soit dit en passant, consacré aux nouvelles formes de noise, et plus particulièrement à KD. Et sur Crowded, on a effectivement affaire à de la noise qui n'a rien de conventionnelle, à une musique qui s'écarte de tous les canons esthétiques et de toutes les normes, en s'en servant tout de même par endroits.

Je pense surtout à cette première face aussi déroutante que magnifique. Une face qu'on ne saurait qualifier - j'aurais quand même envie de dire qu'il pourrait s'agir d'ambient maximaliste. Durant un quart d'heure, KD superpose de nombreuses boucles qui se répètent. Mais chacune des boucles ne se répète pas à l'identique, d'infimes variations ont lieu de manière autonome (variations de hauteur, de durée, de réverbération etc.). Et à l'intérieur de ce continuum aux sonorités étranges, sonorités boisées, liquides, mais aussi électriques et numériques, des éléments apparaissent en surimpression du continuum à la mécanique déréglée. Une musique calme et inquiétante, qui offre continuellement un reflet altéré d'elle-même. Une succession de doubles jamais identiques. Si la texture de ce continuum a quelque chose de calme et d'aérien, la forme s'apparente quant à elle aux éléments liquides et surtout au flux héraclitéen.

Et si la première face paraît composée d'éléments naturels et mécaniques qui évoquent parfois des oiseaux, un moulin à eau ou des grenouilles, la seconde face n'évoque plus que l'artificialité (à travers la guitare et ses nombreux effets) et l'aléatoire (à travers l'arbitraire de la forme). Une face beaucoup plus noise qui s'ouvre avec un solo de guitare où pédales de distorsion et de saturation se disputent les larsens. Un solo enregistré de loin qui est vite submergé par un bloc de larsen fait de contrastes sans nuances. Tout le reste de la face sera dès lors une succession de ces blocs sonores qui démarrent et s’interrompent sans crier garde. Des blocs imposants fondamentalement constitués d'une basse massive et de suraigus saturés qui évoluent de manière strictement parallèle au gré des micro-mouvements entre la guitare et l'ampli. Un morceau qui paraît plus aléatoire - arbitraire en tout cas, et moins recherché que le précédent, mais dont l'aspect spontané et massif lui confère autant de puissance.

Deux pièces qui n'ont pas grand chose à voir mais qui se complètent et se succèdent très bien. Double réussite.