vendredi 11 mars 2011

Bertrand Denzler - Tenor


BERTRAND DENZLER - Tenor (Potlatch, 2011)


Bertrand Denzler: saxophone ténor

01-Filters
02-Signals
03-Airtube

A l'instar des labels Creative Sources, Another Timbre ou Erstwhile, Potlatch se distingue par ses choix esthétiques radicaux mais toujours créatifs et variés. En rajoutant un énième disque à l'histoire déjà longue et riche du saxophone solo, on a pourtant encore affaire à quelque chose de nouveau, voire d'inouï. Ces trois pièces de Denzler (Trio Sowari, Hubbub) présentent en effet une facette nouvelle, sensible et organique du saxophone tenor.

Il y a tout d'abord cette première pièce minimaliste, Filters, où Denzler explore le timbre d'une note et la fait vivre, en explore chaque recoin: altération non-tempérée par les clés, enrichissement par les multiphoniques, etc. Puis, Signals, plus ambitieux, qui s'attaque à faire vivre chaque potentialité du saxophone: suite de très courtes phrases où l'attaque est chaque fois mise à l'honneur, notamment grâce au silence ou au timbre contrasté qui la précède. Cette pièce met plus en avant le saxophone, son timbre et ses techniques que la précédente, cette dernière étant plus attachée à ne faire vivre qu'un son, qu'une note. Ceci dit, Signals n'est pas qu'un exercice de style, ni une démonstration de virtuosité, toutes ces phrases forment une structure qui apparaît au fur et à mesure de la pièce, chaque cellule forme un relief avec la précédente et la suivante, puis revient sans que l'on saisisse vraiment le principe de composition, mais la répétition n'est jamais inopportune, et paraît toujours cohérente. Airtube, pièce qui est certainement la plus radicale et la plus extrême, se concentre sur le souffle de Denzler passé au crible d'un saxophone sans bec. Et c'est à ce moment que nous pouvons saisir son intention: faire corps avec l'instrument, brasser sans distinction le mécanique et l'organique, la technique et la vie, le silence et le son.

Tenor explore de manière organique, précise et rationnelle les potentialités du saxophone, mais l'exploration en tant que telle n'est pas le but. Cette exploration sert trois compositions riches et créatives autant servies par le corps de l'instrument que par le corps de Denzler, par son intelligence autant que par l'intelligence sonore et mécanique du ténor. On est proche de la musique minimale et réductionniste certes, mais il y a quelque chose de plus émotif et sensible dans le jeu de Denzler, et je crois que c'est dû au fait que les techniques étendues ne sont pas une fin en elle-même, que le timbre est subordonné à une structure plus profonde en relation avec le corps même de l'instrumentiste. Cette absence d'autonomie du timbre rend ces trois pièces moins abstraites que ce à quoi nous sommes habitués, la force de Denzler réside dans cette chaleur qui se dégage lentement de ce triptyque dont on ne saisit pas tout de suite la démarche, mais dont le sens se profile au fur et à mesure grâce à la cohérence et à la précision de chaque idée comme de chaque structure générée. Une merveille!

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