Seijiro Murayama & Stéphane Rives - Axiom For The Duration (Potlatch, 2011)

C'est toujours une joie énorme d'apprendre la première réunion de deux musiciens adulés sur un enregistrement! Réunir Murayama (percussions) et Rives (saxophone soprano), c'est presque un projet dont je rêvais. Comment ne pas imaginer les longs développements continus d'un son vivant et linéaire mais pas statique? Puis imaginer l'interaction entre deux sons d'une précision et d'un organicisme à chaque fois époustouflant. Axiom For the Duration correspond bien à mes attentes. Un timbre linéaire est progressivement déployé à l'intérieur d'un temps très lisse, d'un temps principalement strié par l'archet de Murayama, cet archet qui explore toute l'étendue harmonique des cymbales, mais également strié par les frottements et les vibrations des incroyables multiphoniques de Stéphane Rives. Bien sûr, la musique paraît statique toujours, une cymbale frottée mécaniquement, un souffle continu qui propulse des harmoniques à partir d'un doigté inamovible. Cependant, la pression change, la pression des lèvres et de l'archet, le son s'enrichit, s'appauvrit, l'un des deux fait une pause pour laisser mieux émerger la profondeur sonique de son partenaire: lentement, toute une musique prend corps et se déploie progressivement, l'interaction est pleinement explorée sur un mode linéaire et organique, progressif et vivant.

Il y a comme une division du travail et des taches ici, à chacun sa fonction exploratrice. Opposition constante entre les pôles harmoniques, si un des deux s'attache à explorer les abysses du spectre harmonique, son prochain flottera sur les hauteurs. Mais ce n'est qu'une base, un fondement, loin d'être systématique; le son est mouvant et se déplace généralement sur tout le spectre, du coup il arrive parfois que les deux formes se rencontrent pour former des mouvements synergiques, d'une puissance extrêmement intense. Mais plus que les rencontres, ce sont les pauses qui donnent de l'intensité et de la vie à cette pièce. Tour à tour, un des deux musiciens freine le son qu'il a déployé, et c'est durant ces moments qu'un sentiment d'urgence voit le jour, comme si la peur du vide, car l'espace est effectivement toujours plein, voire saturé, comme si cette peur donc obligeait l'instrumentiste restant à approfondir et enrichir la vie sonique qu'il déployait. Puis le retour du partenaire, toujours en profonde symbiose avec l'organisme sonique, prend une dimension émotive surprenante, comme s'il n'avait jamais été absent, car sa présence était toujours ressentie durant sa pause, et le retour rend l'absence, la présence dans l'absence plutôt, encore plus évidente. Présence entière, du son comme du silence, ce silence sous-jacent mais jamais pleinement effectif, l'évidence de la présence se ressent surtout dans la synergie et l'interaction, où chacun paraît s'offrir à la musique d'une part, mais également à l'autre et à l'auditeur.

Une écoute symbiotique et une puissante attention à l'auditeur font de cette pièce une œuvre intense et communicative, très riche et émotive. Mais aussi et surtout une œuvre intelligente qui interroge la relation entre le temps et la musique. Car Axiom for the Duration, en déployant ces longues nappes lisses et lentes, modifie radicalement la perception du temps. Si une pulsation en filigrane n'était pas constamment présente - encore cette présence remarquable dans l'absence - on pourrait facilement croire à une tentative d'abolition de la perception temporelle. Cependant, cette pièce se déroule au sein d'une durée précise, découpée en plusieurs phases principalement marquées par l'interruption d'un des deux musiciens, et au lieu d'abolir cette durée, nous la percevons d'autant plus. Une expérience perceptive extrême où le temps, aussi étiré soit-il, est perçu dans toute sa plénitude, dans toute sa matérialité sonore et musicale. Une pièce hallucinante où la richesse sonore déploie un temporalité singulière et envoutante.

Un développement lent mais riche et précis qui aboutit à la création d'une autre temporalité, et cette temporalité singulière et unique bouleverse nos sens et notre perception, comme si une autre dimension s'ouvrait à nous. Évidemment, l'originalité des modes de jeux virtuoses et personnels adoptés par chacun n'y est pas pour rien dans ce phénomène. Une pièce extrêmement riche, intense, envoutante et bouleversante qui déploie des émotions musicales puissantes.

Si j'avais un disque à recommander pour le moment, ce serait sans aucun doute celui-ci, Axiom for the Duration est un vrai chef d'œuvre à écouter absolument.

4 commentaires:

  1. hello, i can't find the link. where is the link to music?

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  2. hey,
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