Edén Carrasco, Leonel Kaplan, Christof Kurzmann - Una Casa / Observatorio (Three Chairs, jardinista!recs, 2011)


Je continue à m'intéresser aux sud-américains avec cette chronique d'Una Casa / Observatorio, deux pièces enregistrées respectivement en Argentine et au Chili, conjointement publiées par Three Chairs et jardinista!recs. Récemment, j'avais déjà chroniqué un album aussi bon que bizarre avec Edén Carrasco (saxophone alto), qui jouait dans une pièce remarquable par-dessus l'enregistrement d'une fête foraine, un équilibre parfait régissait la superposition des improvisations acoustiques et des field-recordings sur Mimesis Intemperie. Tout récemment aussi, on a déjà aperçu Leonel Kaplan (trompette) aux côtés de Diego Chamy et d'Axel Dörner sur un album publié par le netlabel Audition Records, où les trompettes jouaient avec et contre l'électronique (chronique ici). Comme on peut le voir donc, le saxophoniste et le trompettiste paraissent habitués à jouer avec l'électronique, il paraît donc naturel que Christof Kurzmann (lloopp) se joigne à eux pour ce CDr.

Ni rythme, ni mélodie durant ces improvisations, mais cependant, il y a souvent une sorte de pulsation qui paraît sous-tendre les nappes de sons jamais statiques, notamment dans les longues notes jouées par les instruments. De la même manière, les boucles et les samples de Kurzmann forment comme une trame harmonique, une sorte de basse continue, sur laquelle saxophone et trompette peuvent faire interagir harmoniques et multiphoniques. Car, du côté instrumental, il s'agit surtout de cela, en plus des longues vagues de souffles entremêlées. Quant à l'électronique, il s'agit plutôt de sons synthétiques proches d'un vieux synthétiseur mis en boucle quelques temps, le temps d'impulser une certaine énergie, pour peu de temps après changer radicalement de forme. Dans l'ensemble, l'écoute est plutôt bonne, les timbres se mêlent et se mélangent, s'opposent et se soutiennent, les dynamiques varient et des reliefs se creusent, il y a du mouvement, du calme, de la contemplation, de la tension et de l'agressivité.

Il y a une forme de linéarité durant ces pièces, mais constamment en mouvement, comme une suite de vagues apparemment similaires mais jamais identiques. Car les variations sont nombreuses, le socle électronique, malgré les mises en boucle, étant peut-être l'élément le moins stable. Tandis que la fusion des vents en un souffle forme une interaction jamais identique, car une légère perturbation vient toujours alimenter la vie organique de cette symbiose, les samples déploient et soutiennent ce dialogue acoustique ou s'y opposent, quand ils ne parviennent pas à fusionner de la même manière.

Un trio d'improvisation électroacoustique pas vraiment original dans ses sonorités, mais où l'interaction entre les techniques étendues d'influence réductionniste et les lloopp parvient à une intensité souvent jouissive. Deux pièces qui en somme sont assez riches et intenses, variées et dynamiques. De plus, chacun des musiciens, et surtout Kaplan, non par leurs techniques, mais plus par leurs sensibilités je pense, a un quelque chose de savoureux et d'émouvant qui facilite l'appréciation de ce disque. 

Tracklist: 01-una casa / 02-observatorio

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