lundi 30 janvier 2012

Anthea Caddy & Magda Mays / Olaf Rupp

Spécialisé dans les musiques improvisées, Dromos est un label portugais original qui propose à un artiste plasticien différent à chaque publication de créer les "pochettes" comme il l'entend. Les deux dernières, à l'occasion de la sortie d'un duo de Magda Mayas et Anthea Caddy et d'un solo d'Olaf Rupp, toutes uniques et différentes, sont composées de matériaux divers comme des morceaux de cuir ou une membrane d'encre de Chine par exemple. Pour les curieux, différents modèles ainsi que des extraits musicaux sont accessibles sur le site de Dromos.

Anthea Caddy/Magda Mayas - Schatten (Dromos, 2011)

Outre la singularité des "boîtiers", Dromos publie également des enregistrements atypiques et originaux. Schatten par exemple regroupe trois improvisations de la violoncelliste Anthea Caddy et de la pianiste désormais célèbre Magda Mayas, livrées dans une création aux aspects bruts et rugueux de Nádia Duvall. Trois pièces donc où se superposent des textures nouvelles et des timbres originaux, la palette de sons est très large et forme comme une série de tableaux sonores minimalistes où se succèdent des couleurs qui diffèrent selon la dynamique. La plupart du temps, on reconnaît encore les instruments, mais la fusion est quand même si bien réussie entre les deux musiciennes qu'on a du mal à simplement souhaiter les distinguer. En fait, la distinction est possible dans la mesure où le duo Caddy/Mayas fusionne uniquement au niveau de la dynamique, tout en produisant des textures différentes, ou même opposées.

Trois pièces denses et riches, aux couleurs singulières et atypiques d'où surgissent toujours des dynamiques communes malgré l'opposition de timbres et de modes de jeu (ostinato contre bourdon, rythmique contre lisse, bruits contre notes). Il n'y a rien de révolutionnaire dans cette approche dynamique de l'interaction entre les musiciens, mais Schatten vaut tout de même le coup pour l'objet qu'il constitue d'une part, et surtout je pense pour l'originalité des textures, mais également pour l'intensité, la précision, et la sensibilité de l'interaction entre les deux musiciennes.

Olaf Rupp - AuldLangSyne (Dromos, 2011)

J'ai déjà écrit une chronique sur un trio avec Olaf Rupp en compagnie de Tony Buck et Joe Williamson il y a un mois ici même. Je disais avoir eu la sensation d'entendre grouiller une nuée d'insectes, et en écoutant ce solo d'Olaf Rupp, je comprends maintenant que cette sensation venait principalement de ce guitariste. AuldLangSyne est une suite de neuf improvisations pour guitares acoustique et électrique selon les morceaux. Une suite très dense faite de clusters, d'une succession et d'une superposition de notes à une vitesse supersonique, notes séparées par des écarts vertigineux. Olaf Rupp ne rigole pas, les notes sont piquées et pincées, elles s'entremêlent avant même d'avoir eu le temps de résonner, on imagine facilement le front du guitariste en nage et les doigts en sang. Une technique de jeu virtuose et impressionnante certes, sauf que l'énergie maximale et hyperactive toujours déployée finit par lasser, la vitesse hystérique fatigue, tout comme l'absence de respiration et de relief.

Pas réussi à véritablement accroché malgré la singularité et la véritable fraicheur de la sonorité de Rupp. Trop monotone et plat à mon goût, AuldLangSyne m'a vite lassé et fatigué. Ceci-dit, les peintures sur cuir signées Antonio Peppe sont vraiment belles et ce mélange de gris et de noir urbains reflète plutôt bien l'atmosphère d'AuldLangSyne durant cette heure d'improvisation sur guitare verticale. Pour amateurs de guitare sensibles à la virtuosité et la rapidité, AuldLangSyne ravira peut-être les mélomanes avides de clusters et d'espaces sonores saturés.

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