Merzouga - Mekong Morning Glory (Gruenrekorder, 2011)

Merzouga est un duo de musiciens/compositeurs/ingénieurs du son germano-autrichiens, composé par Eva Pöpplein et Janko Hanushevsky. Leur dernier projet, Mekong Morning Glory, est une suite de tableaux de field-recordings enregistrés sur le fleuve Mekong, du Laos au Vietnam, en passant par le Cambodge. En plus des field-recordings à proprement parler, Janko Hanushevsky utilise également quelques procédés électroniques basés sur une basse électrique préparée. C'est peut-être d'ailleurs un des plus grands charmes de cette pièce de 50 minutes, car la connexion entre les sons glanés le long du fleuve asiatique, parfois ancestraux et immémoriaux, et les techniques basées sur une technologie très moderne employées par Hanushevsky, cette connexion donc est organique et symbiotique. Les ajouts musicaux et sonores sont plutôt utiles et fonctionnels, ils parviennent toujours à déployer une dimension propre au field-recording écouté. Par exemple, la basse sait faire ressortir l'aspect inquiétant d'une cascade ou d'une pluie qui pourrait potentiellement dévastée la région, ou un jeu proche du drone peut déployer l'aspect reposant et éternel d'une jungle, tout comme le caractère oppressant des villes industrielles et post-industrielles sera très bien mis en avant à la fin du disque.

Côté enregistrements, la palette de sons est incroyable. D'un côté, on a de l'eau bien évidemment, l'eau submergeante des cascades qui conclut le crescendo de la première moitié du disque, mais également le mouvement du Mekong qui se jette dans la mer. Merzouga a su diviser son parcours en plusieurs tableaux variés qui correspondent aux ambiances et aux régions traversées, et donc ces tableaux se composent parfois de nuées d'insectes, de bruissements de feuilles, d'enfants jouant sur les rives, de musiques traditionnelles, d'oiseaux, puis pour finir, l'inquiétante ville avec son chaos sonore de klaxons, de moteurs, de cris et de bonimenteurs, de machines, etc. En tout cas, le montage opéré par Merzouga est assez exceptionnel, chaque son est choisi selon ses qualités musicales, qualités ensuite déployées par les ajouts instrumentaux et électroniques, le collage entre les différents univers compose une suite de scènes qui évoquent aussi bien la diversité des paysages physiques et sonores rencontrés tout au long d'un des plus grands fleuves du monde, mais qui est surtout très bien construit musicalement (suite de crescendo et de tensions, mais également de nappes reposantes et de contrastes).

Je dis toujours que je n'aime pas vraiment les field-recordings, pour l’aspect figuratif qui cache trop souvent les qualités musicales du son, mais après Mekong Morning Glory, Nuit d'Eric Cordier et Seijiro Murayama, Standing Sitting d'Anne Guthrie et Punto Cero, Aragon de Luis tabuenca et Wade Matthews, quatre disques fantastiques sortis en une année, et basés sur des field-recordings, il va peut-être falloir que je pense sérieusement à revoir mon jugement. Merzouga a su ici explorer la puissance musicale d'enregistrements non-musicaux en les collant et les composant de manière précise et savante, de manière musicale en fait. Même si les enregistrements sont exceptionnellement évocateurs et figuratifs (on a réellement l'impression de longer le Mekong en une heure), ce tableau en apparence objectif est traversé par la subjectivité et les émotions propres au duo. Mekong Morning Glory donne le sentiment d'une œuvre aboutie et achevée, aussi poétique et musicale que documentaire. Très bon boulot!

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