Martin Iddon - Pneuma

MARTIN IDDON - pneuma (Another Timbre, 2014)
pneuma est le premier disque du jeune compositeur et musicologue britannique Martin Iddon. Ce disque regroupe cinq pièces qui datent de 2009 à 2013 : pneuma.sarx interprété par Gavin Osborn (flûte), Alice Purton (violoncelle), Nina Whiteman (voix), head down among the stems and bells par Catherine Laws (piano), pneuma.kharis par Carlos Cordeiro (clarinette basse), Jeffrey Gavett (bariton), Andy Kozar (trompette), William Lang (trombone), Danaë par Linda Jankowska (violon), Emma Richards (alto), Alice Purton (violoncelle), hamadryads par Jane Sheldon (soprano), Rachel Calloway (mezzo-soprano), Eric Dudley (ténor), Jeffrey Gavett (bariton) et Steven Hrycelak (basse).

head down among the stems and bells ainsi que Danaë sont les deux pièces qui utilisent le plus le silence. L'une pour piano préparé, l'autre pour cordes utilisées avec des techniques étendues (que les musiciens ne pratiquent pas habituellement). Ici, Martin Iddon cherche des nouveaux sons en impliquant très fortement le musicien. Les pièces sont écrites pour que le musicien fasse ce qu'il n'est pas habitué à faire (employé deux archets simultanément par exemple). Les deux pièces ne se ressemblent pas vraiment mais sont les deux qui se démarquent le plus du disque : notamment pour les silences présents, ainsi que pour l'absence de voix, mais aussi pour les côtés bruitistes sur le trio à cordes et atonaux sur le piano. Deux pièces qui investissent des territoires sonores vraiment nouveaux et originaux, notamment Danaë qui n'est pas sans évoquer Nomos Alpha de Xenakis (revisité en version trio).

Mais c'est sur le reste du disque que l'on trouve les partitions les plus intéressantes de Martin Iddon je trouve. L'ancien et le contemporain se mélangent à merveille dans chacune des trois autres pièces. D'un côté, Iddon continue de demander aux interprètes de quitter leurs habitudes pour explorer une nouvelle relation à l'instrument, et de nouveaux sons par conséquent. Et de l'autre, Iddon accorde une grande importance à l'écriture de chaque voix, des voix longues et superposées qui rappellent l'écriture horizontale des polyphonies de la Renaissance. Sur hamadryads, une ambiance proche de Ligeti est présente, les voix se superposent en une sorte de cluster, mais un cluster beaucoup plus mélodique qui n'a rien à voir avec les micropolyphonies. Qu'elles soient instrumentales, vocales ou mixtes, les pièces de Martin Iddon s'occupent de superposer des lignes mélodiques très belles qui s'imbriquent de manière très étrange. Les voix sont mélodiques, mais l'ensemble pas du tout (d'où ce rappel de Ligeti). L'ensemble forme une masse sonore souvent onirique et atemporelle, une masse sonore douce, chargée de rêve, de sensations, une masse sonore qui évolue de manière collective par micro-évènements individuels très riches et surprenants.

Il faudrait parler de chaque pièce précisément, car c'est dur de parler de ce disque dans son ensemble, et ce n'est pas très pertinent. Mais il faut surtout écouter cette suite qui se ressent plus qu'elle ne se décrit. Et je trouve plus juste de laisser un maximum de surprises aux auditeurs (car ce disque en possède). C'est beau, innovant, intelligent, personnel et riche. Conseillé.

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