Benjamin Duboc- st. james infirmary

BENJAMIN DUBOC - st. james infirmary (Improvising Beings, 2014)
Contrebassiste français, Benjamin Duboc est un des acteurs majeurs des scènes free jazz et musiques improvisées. Il sait parfaitement allier un grand sens de la musicalité, du rythme, de l'émotion et de la recherche sonore, selon les projets auxquels il participe. En solo, il avait déjà publié un excellent disque au sein du coffret publié chez Ayler Records, proche d'un drone très riche et dense (joué à l'archet uniquement sous le chevalet). Il revient cette année avec un nouveau solo constitué de deux pièces, l'une pizzicato et l'autre arco.

La première partie du disque est une improvisation de vingt minutes assez traditionnelle j'ai envie de dire. Traditionnelle ? oui et non en même temps, puisque la contrebasse n'est pas réputée pour être un instrument de soliste, et ici, Benjamin Dubc l'utilise véritablement telle quelle. Il compose une longue improvisation de vingt minutes, jouée uniquement avec les doigts. Une improvisation très belle, mélodique, lyrique, et intense. Le touché est très précis, les attaques sont justes et l'accentuation du phrasé de Duboc, plutôt jazz, est aussi rythmé que sensible. Une belle pièce narrative riche en émotion et virtuose dans la réalisation. Une improvisation vraiment intéressante pour sa beauté, sa poésie et surtout pour apprécier le talent de ce virtuose de la contrebasse, mais c'est surtout la suite qui révèlera l'inventivité de Duboc.

Sur la deuxième partie donc, Duboc ne joue plus qu'avec l'archet. Il s'agit maintenant d'une improvisation beaucoup plus abstraite, axée principalement sur l'exploration sonore tout en conservant un grand souci de la narration dans la forme. Il y a un peu plus de silence, et surtout beaucoup plus de techniques étendues (qui étaient absentes sur la première partie). Benjamin Duboc explore ici un large éventail des possibilités sonores de la contrebasse, selon la pression exercée par l'archet, selon son emplacement sur les cordes et la contrebasse, etc. Cette exploration de la contrebasse est vraiment profonde, elle est plus abstraite certes, mais conserve le même souci que sur la première pièce d'une poétique du son et d'un sens aigu de la musicalité (où mélodies, harmonies et rythmes sont beaucoup moins présents par contre). Duboc, ici, propose une improvisation axée sur le timbre et les couleurs de la contrebasse qui est très chaleureuse, acceuillante, fascinante, poétique et sensible toujours, mais surtout très intense.

Deux pièces, l'une plutôt jazz, et l'autre plus proche de l'improvisation libre, qui démontrent une fois de plus le talent, la précision et l'intelligence de ce contrebassiste. Très bon travail.

1 commentaire:

  1. Le côté magique de l'improvisation c'est qu'on ne le voit et qu'on ne l'entend qu'une fois, ce qui rend l'écoute encore plus appréciable !

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